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Environnement

Les nouveaux risques du XXIe siècle

Pr. Deborah Balk

Deux tendances se dessinent actuellement sur la planète, et elles sont susceptibles d’avoir un impact sur de nombreuses vies humaines à travers le monde. Il s’agit du changement climatique et de la croissance de la population urbaine, deux phénomènes qui seront plus intensément ressentis par les populations pauvres du monde. Afin de s’y préparer, il nous faut comprendre plus en détail l’impact qu’ils peuvent avoir, en terme de disponibilité de l’eau, de propagation des maladies, d’élévation du niveau de la mer, etc. Les méthodes courantes d’étude de la croissance urbaine sont principalement basées sur des informations de recensement, et sont limitées par leur manque de données spatiales. Les prévisions de la croissance urbaine ne mentionnent pas les endroits concernés, si cette croissance se produira en périphérie des villes existantes ou en cours de développement, dans de nouvelles villes ou dans des quartiers pauvres. L’exposition des personnes et des infrastructures aux risques du changement climatique ne peut être évaluée si nous ne savons même pas où elles se situent.

Le Professeur Deborah Balk, de l’Institut de recherche démographique et de l’École des affaires publiques Baruch de la City University of New York, et sa collègue, le Professeur Mark Montgomery, du Conseil de la population, abordent le problème en adoptant une nouvelle approche. Elles intègrent des informations spatiales au domaine en associant des images satellites ainsi que des données de sciences sociales et démographiques (comme celles utilisées pour les recensements et les enquêtes). Elles pourront ainsi identifier combien decitadins risquent de subir le changement climatique, où ils se trouvent exactement et comment la situation est susceptible d’évoluer.

Par exemple, lors de ses travaux précédents (réalisés avec ses collègues de l’institut International pour l’Environnement et le développement durable et la Columbia University), le Professeur Balk a découvert que les villes étaient situées de façon disproportionnées dans des zones côtières, même dans de grands pays comme les États-Unis. Dans les villes côtières du monde entier, les populations vivent souvent dans des zones à faible élévation également. Si de telles observations sont établies à grande échelle, l’incertitude demeure quant à ce qui distingue les grandes villes des villes de taille moyenne ; et il existe peu d’informations concernant celles dont les populations sont inférieures à un demi-million.

Les recherches des professeurs Balk et Montgomery ne consistent pas uniquement en une évaluation de l’endroit où se trouvent actuellement les populations, mais il s’agit d’une volonté de prévoir où elles se trouveront dans le futur au fur et à mesure de l’évolution du changement climatique. Elles étudient la façon dont les villes évoluent, en tenant compte non seulement de l’équation basique de l’accroissement naturel (fertilité moins mortalité), mais également de la migration. Jusqu’ici, les migrations épisodiques et à long terme, un facteur bien compris dans la comptabilisation de la population nationale, en grande partie parce que la migration est internationale, ont été ignorées comme source d’augmentation de la population à l’échelle des villes. C’est, en partie, parce que la migration qui est en majorité interne à un pays donné est beaucoup plus difficile à mesurer.

Obtenir des données spécifiques aux villes grâce à l’alliance des sciences sociales et des données satellites

Afin de combler les lacunes des connaissances actuelles, le Professeur Balk adopte une nouvelle approche consistant à associer plusieurs sources de données fournissant des informations concernant le lieu, la façon et la vitesse dont l’urbanisation évolue à travers le monde, dans les villes de différentes tailles. Le plus souvent, les chercheurs de ce domaine se cantonnent à leur propre spécialité ; afin de parvenir à cette nouvelle combinaison de données, elle intègre des outils existants issus de diverses spécialités. Les données qu’elle utilise intègrent différents types d’images satellites, comme les ensembles de données sur l’éclairage nocturne pour obtenir un aperçu général, ou le nouveau Global Human Settlement Layer (GHSL) (des images classées par catégories de zones bâties par rapport à la couverture végétale), les données de recensement ou d’étude concernant les populations et les facteurs climatiques. Elle commence par spatialiser les données démographiques et issues des sciences sociales (qui ont tendance à concerner de nombreux niveaux différents comme la province, le département dans le temps et l’espace), elle les superpose et les affine avec des informations spatiales concernant l’environnement bâti (ou probablement urbain) (communiquées de façon cohérente) afin de générer un rendu spatial des villes de toutes les tailles allant des petites villes aux vastes agglomérations urbaines ; si possible, ces données sont compilées pour différentes périodes temporelles afin d’évaluer le changement survenu dans les zones urbaines au fil des dernières décennies. Une fois ces données cohérentes du point de vue spatial, des informations portant sur les caractéristiques climatiques et environnementales peuvent également être synthétisées.

Avec les statistiques cumulatives obtenues par cette technique, le Professeur Balk a été en mesure de tirer des conclusions concernant des facteurs comme la fraction d’une population d’une ville côtière vivant dans une bande appelée zone côtière de faible élévation et exposée au risque du changement climatique associé. Ses résultats montrent que, au total, 360 millions de citadins à travers le monde, soit un citadin sur huit, habitent dans cette zone, la grande majorité d’entre eux (240 millions de personnes) se trouvent en Asie. Ce type d’information est essentiel pour les gouvernements et les décideurs politiques en matière d’atténuation du changement climatique et d’adaptation à ses effets et ce nouveau type de méthodes devient progressivement une partie importante des outils de recherche utilisés par ceux qui étudient le développement économique, l’urbanisation et les sujets associés.

Jusqu’à présent, la plupart des recherches portant sur l’urbanisation ont considéré ces sujets à grande échelle et pas de façon spécifique à l’échelle de la ville. Les modélisateurs climatiques, par exemple, considèrent traditionnellement uniquement la partie urbaine du monde. Aujourd’hui, ceci évolue au sein de leur communauté alors qu’ils sont de plus en plus concernés par les impacts du climat et le fait de déterminer quelles villes seront le plus impactées par la montée des eaux ou l'augmentation des températures. Ces questions ne peuvent pas être résolues par un modèle prenant en compte l’échelle mondiale uniquement. En se concentrant sur les villes des régions en voie de développement, ce que lui a permis la bourse AXA, les recherches du Prof. Balk sont en position idéale pour contribuer à cette évolution dans le domaine de la recherche.

Une avancée importante dans le sens de cette transition sera la formation des futurs analystes et décideurs politiques. Le Professeur Balk a pu prendre en charge et former des étudiants et des jeunes chercheurs dans le contexte de son projet AXA, afin de créer une nouvelle génération consciente des problèmes de la recherche, et qui lui a valu l'obtention d’une bourse. Ceci est particulièrement important pour le travail interdisciplinaire de ce type car la formation nécessaire se déroule généralement en dehors des salles de cours.

Une pièce pour compléter le puzzle de l’adaptation

Le travail de Deborah Balk contribue à apporter une nouvelle pierre à l’édifice dans le contexte de l’effort à plus grande échelle de groupes comme le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC). Ses recherches ont été utilisées dans leur quatrième Rapport d’évaluation, en référence à une base de données qu’elle a créée concernant les habitants urbains des zones côtières de faible élévation soumis aux risques de la montée des océans. Ses études actuelles soutenues par AXA s’appuient sur ses travaux précédents, fournissant toutes les données qui transforment des idées abstraites en mesures pratiques. Elle note que le cinquième Rapport d’évaluation du GIEC se concentre plus sur les zones urbaines et elle s’attend à ce que le sixième rapport contienne encore plus de ces zones, et c’est là où son travail peut à nouveau entrer en jeu.

L’objectif des recherches de le Professeur Balk est « de placer les outils et les données entre les mains des pays pauvres ». Les connaissances pratiques qu’elle acquiert de ses nouvelles méthodes intégrant de multiples types de données intègrent des informations comme le lieu exact de la plupart des villes asiatiques, le pourcentage de leur population situé dans la zone côtière de faible élévation, la densité de population située dans les zones à hauts risques et le pourcentage de personnes vivant dans la pauvreté. Ces résultats très spécifiques et locaux seront essentiels pour préparer les villes à s’adapter au changement climatique et autres catastrophes écologiques. Comme l’a constaté le Professeur Balk, la vulnérabilité n’est pas uniforme dans une ville ou entre des zones urbaines. Les urbanistes et les planificateurs régionaux auront besoin des résultats détaillés de ses recherches pour savoir quand et où agir afin de s’adapter au mieux aux futurs défis climatiques.