Bannière Cookies

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites.

Environnement

Mieux connaître les risques naturels en Asie du Sud-Est

Pr. Kerry Sieh

Quand le tsunami de 2004 a frappé l’Asie du Sud-Est, personne ne savait qu’un tremblement de terre de magnitude 9,2 sur l’échelle de Richter était possible dans cette région. La catastrophe a servi de signal d’alarme à Singapour : l’état des connaissances en matière de risques naturels en Asie du Sud-Est était beaucoup trop insuffisant. En 2009, pour remédier à cette situation, le professeur Kerry Sieh a fondé l’Observatoire de la Terre de Singapour (EOS), avec le soutien du Fonds AXA pour la recherche. L’EOS est un institut de recherche autonome qui encourage les travaux de recherche sur les cinq principaux risques naturels : les séismes, les tsunamis, les volcans, l’élévation du niveau de la mer, et le changement climatique. Un sixième domaine devrait s’y ajouter dans le futur : les inondations.

Pour s’assurer que les résultats de ces recherches se traduisent par des applications concrètes pour les populations à risque, le professeur Kerry Sieh s’est associé à AXA et à l’université technologique de Nanyang (NTU) pour concevoir la Chaire AXA sur les Risques Naturels, – un poste à long terme au sein de l’EOS que le professeur est le premier à occuper. Les travaux de recherche menés dans le cadre de la Chaire AXA portent sur les facteurs déclencheurs, l’évolution et la probabilité de ces catastrophes naturelles, et sur le développement de moyens de surveillance et de prévision de l’activité géophysique de la région.

Par exemple, en Thaïlande, des chercheurs travaillent sur une évaluation multi-aléas, visant à accroître la résilience aux catastrophes des destinations touristiques principales du pays. Un autre exemple significatif est celui du projet d’estimation des risques de séisme à Singapour. Les résultats permettront l’établissement de chiffres précieux pour le secteur de l’assurance et la mise en place de recommandations en matière de normes de construction parasismique, inexistantes dans le pays aujourd’hui.

Des contributions nombreuses et significatives

Créé en 2009, l’Observatoire de la Terre de Singapour a déjà contribué de façon notable au milieu de la recherche. En matière de séisme par exemple, les membres de l’équipe du professeur Sieh ont déjà progressé dans la compréhension de la rupture des grandes failles sismiques. Ils ont également effectué un travail de recensement des cas historiques et contemporains de tremblement de terre dans la région et établit les caractéristiques et les probabilités d’éventuelles répliques dans le futur. En ce qui concerne les tsunamis, les chercheurs de l’EOS ont réussi à identifier des critères de récurrence. Leurs recherches sur le système de subduction de l’arc de la Sonde – le plus grand arc volcanique actif du monde et une zone d’activité sismique très importante –, a engendré un ensemble de travaux qui a attiré l’attention de la communauté scientifique internationale.

Leurs travaux sur les volcans ont également participé à une meilleure compréhension du comportement des 500 volcans de la région dont on sait qu’ils ont été actifs au cours des 10 000 dernières années. Les chercheurs de l’EOS ont en effet développé un modèle plus complet d’appréhension de l’évolution des différents types de volcans vers une éruption. Ils ont aussi conçu un outil innovant appelé WOVOdat, capable de fournir des estimations sur les éventuelles prochaines éruptions.

Pour ce qui est du changement climatique et de la montée du niveau de la mer, l’EOS a créé deux laboratoires pour enquêter sur le paléoclimat de l’Asie du Sud-Est et ses implications futures. Un troisième laboratoire est chargé d’étudier la pollution atmosphérique, et un quatrième les traces de tsunamis et de typhons dans les sédiments côtiers.

Des projets axés sur l’impact

En complément de ces projets de recherche co-financés par les gouvernements, AXA soutient également des projets axés sur les impacts, ayant pour but d’apporter des réponses à des questions d’ordre pratique. Parmi ces travaux d’investigation, on trouve des sujets qui d’habitude n’intéressent pas beaucoup les universitaires, mais qui sont d’une importance capitale dans d’autres domaines. Par exemple, la possibilité d’un séisme à Singapour est une question de plus en plus pressante. L’enjeu est crucial pour le monde de la finance, puisque la ville est classée parmi les centres financiers les plus importants de la planète. Le projet a pour but de fournir des chiffres, – comme la probabilité d’un tremblement de terre de magnitude 5 à moins de 30 km de Singapour –, pouvant servir au secteur des assurances.

Lors du tsunami de 2004, la ville de Phuket en Thaïlande a compté de nombreux décès. Des post-doctorants de la Chaire AXA travaillent en ce moment sur une évaluation multi-aléas, car cette région présente également des risques de séisme. La menace a simplement été oubliée car il ne s’en est pas produit depuis longtemps. Grâce à la collaboration d’acteurs du gouvernement, du secteur privé et de la société civile, les résultats sont en train d’être transformés en solutions concrètes pour prévoir et anticiper les risques, notamment celles liées à l’amélioration des normes de construction des bâtiments.

Les chercheurs EOS qui travaillent avec la Chaire AXA s’intéressent aussi à la géodésie sous-marine, la mesure et la cartographie du fond des océans. Cette discipline est un véritable défi pour les chercheurs qui essayent de comprendre les puissants séismes qui caractérisent les zones de subduction. Les territoires concernés sont situés sous l’eau et les cartographier exige la mise en place d’une sorte de système de relais acoustique à la surface. Le Japon effectue ce type de mesure, mais la location des navires de recherche qui servent à faire la tournée des différents capteurs de surface peut coûter jusqu’à 50 000 dollars par jour. Pour baisser les coûts, l’EOS travaille à la conception de petits hydroglisseurs capables d’effectuer le même travail, mais pour un prix allant de 50 à 1 000 euros la journée.

Donner une direction et une cohérence aux recherches sur les risques naturels

À la différence d’une approche académique classique, le soutien et le suivi que la Chaire AXA apportent aux projets de l’EOS promettent des applications concrètes pour les populations concernées. L’équipe AXA / EOS veut non seulement fournir des résultats scientifiques, mais aussi aider les acteurs locaux à les interpréter et à transformer les projets en actions concrètes. Le programme de recherche pour évaluer les risques de tsunamis et de séismes à Phuket, par exemple, se traduit par des recommandations pour les hôtels locaux, les entreprises et pour les touristes, de manière à augmenter la résilience face aux catastrophes et la sécurité des personnes.

La Chaire AXA a également eu d’autres impacts sur l’Observatoire de la Terre de Singapour et sur son institution hôte, l’université technologique de Nanyang. Elle a par exemple contribué à donner de l’importance à l’institution et à ses domaines de recherche les plus essentiels. Le fait que l’université soit associée à une grande entreprise internationale a encouragé le gouvernement singapourien dans sa décision de soutenir l’initiative. Ainsi, l’institut a gagné en influence auprès de l’État. Le professeur Sieh est confiant de l’impact du projet d’évaluation du risque de séisme à Singapour sur le plan politique, et notamment sur l’application de normes parasismiques au niveau national.

Toutefois, l’une des plus importantes répercussions que la Chaire AXA a eue sur l’université technologique de Nanyang reste l’École asiatique de l’Environnement (ASE), créée par le professeur Sieh lui-même. « À long terme, cela pourrait être notre plus grande contribution, et cela n’aurait pas été possible sans le soutien de la Chaire AXA », explique-t-il. En tant que toute première institution proposant des licences en sciences de la Terre à Singapore, l’école attire les étudiants les plus brillants de la région et forme de futurs employés du gouvernement, des assureurs, des instituteurs, et d’autres professions influentes, capables de comprendre la nature des risques naturels.