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Comment les communautés et les villes peuvent contribuer à protéger l'environnement

Chercheuse associée, Centre national de la recherche scientifique (CNRS), Professeur Magali Dreyfus

Un an après la COP21 et l'adoption des Accords de Paris, les responsables politiques internationaux luttent toujours pour transformer ces objectifs en actions. Ceci est clairement indiqué par le titre de la récente COP à Marrakech : « Transformez la promesse de Paris en action ».

Mais alors que la communauté internationale avance doucement, les villes et les communautés locales sont déjà en première ligne dans la lutte contre le changement climatique.

Les villes prennent les devants

Au fil des ans, les acteurs locaux, tels que les villes et les régions, ont acquis un poids croissant dans les négociations internationales. Les responsables politiques et les universitaires reconnaissent la vulnérabilité des villes face à la dégradation de l'environnement et leur part de responsabilité dans ce phénomène. Comme l'a démontré le récent Sommet des maires du C40 à Mexico, les maires des métropoles du monde entier s'intéressent également à la création d'un avenir urbain résilient et à faible émission en carbone.

Parce que les gouvernements locaux contrôlent des secteurs clés de la politique environnementale et représentent une forte concentration de population, ainsi qu’un poids économique et politique important, les villes sont bien placées pour concevoir des solutions innovantes en matière de changement climatique.

A Tokyo, par exemple, le gouvernement métropolitain a mis en place le premier système d’échange de droits d’émissions au niveau de la ville pour l’efficacité énergétique des bâtiments. Les constructions n'atteignant pas les objectifs fixés en termes de consommation d’énergie doivent acheter des crédits auprès de bâtiments conformes qui peuvent vendre leurs crédits excédentaires.

Les citoyens de Bogotá profitent de la « Ciclovia » hebdomadaire de Bogotá - le dimanche sans voiture. Lombana/Wikimedia,CC BY-SA

 A Séoul, en Corée du Sud, le projet de la gare 7017 convertira une ancienne voie surélevée en une coulée verte qui relie le centre-ville à d'autres quartiers et à la gare de Séoul. Cela permettra non seulement de revitaliser certains quartiers de la ville, mais aussi d'ajouter des espaces verts à cette zone métropolitaine dense.

La ville allemande de Hambourg est un autre exemple. Elle met en œuvre un plan ambitieux pour supprimer les voitures de la ville d'ici 20 ans en développant un important réseau de pistes cyclables et piétonnes qui relient la ville à sa périphérie, ainsi qu'aux parcs, terrains de jeux, cimetières et autres espaces publics. En plus de rendre les voitures inutiles, les voies vertes amélioreront la résistance aux inondations et aux catastrophes naturelles et absorberont davantage de dioxyde de carbone.

L’énergie populaire

La population a un immense pouvoir pour lutter contre le changement climatique. Et c'est particulièrement vrai dans le secteur de l'énergie. Comme l’a démontré la littérature scientifique, « l’énergie communautaire » (le fait d’encourager la participation des citoyens aux projets d'énergie renouvelable) facilite leur mise en œuvre, réduit la demande en énergie et en fin de compte, peut réduire les gaz à effet de serre.

Cette idée a inspiré la récente Conférence mondiale sur l’énergie communautaire, qui s'est tenue à Fukushima, au Japon, les 3 et 4 novembre, en même temps que la ratification des Accords de Paris. Lors de cet événement, le premier du genre, les participants du milieu universitaire, des administrations locales, de la société civile, du monde des affaires et même des écoles, ont étudié comment les communautés peuvent devenir des agents afin d’accroître la durabilité au niveau local.

Organisée par la Japan Community Power Association, l’Institute for Sustainable Energy Policies et l’Association mondiale de l’énergie éolienne, les participants ont abordé des sujets allant de la démocratie énergétique et de la coopération régionale à la valeur de l’énergie communautaire pour les pays en voie de développement. Les obstacles à la coopération entre les collectivités locales, les citoyens et les entreprises ont également été abordés.

Fukushima, où un tremblement de terre et un tsunami ont provoqué en 2011 une catastrophe dans une centrale nucléaire, était un lieu hautement symbolique. Au lendemain de cette catastrophe, les dirigeants locaux ont décidé d'adopter l'objectif d'avoir 100 % d'énergies renouvelables d'ici à 2040. Pour ce faire, les résidents, les entreprises et les administrations locales travaillent ensemble pour faire du solaire et de l'éolien leurs principales sources d'énergie.

Cette collaboration prend la forme de plusieurs projets communautaires. Dans le cadre du projet d'énergie solaire de l'aéroport de Fukushima, les citoyens ont partiellement financé l'achat et l'installation de panneaux solaires pour fournir environ 1,2 mégawatt d'électricité à l'aéroport. Autre initiative de la préfecture, la centrale électrique commune des citoyens de Fukushima Ryozen a également utilisé les fonds des citoyens pour aider les agriculteurs locaux à installer une ferme solaire. Elle fournit environ 50 kilowatts.

La catastrophe nucléaire post-tsunami de 2011 à Fukushima a poussé la préfecture vers l'énergie durable. Yomiuri Yomiuri/Wikipedia

L’énergie communautaire est donc un moyen d'améliorer l'utilisation des énergies renouvelables et d'éliminer progressivement les combustibles fossiles. Parce qu'elle génère également une plus grande sécurité énergétique, elle met nécessairement l'accent sur l'engagement démocratique et l'autonomie locale. L’énergie communautaire peut également apporter des avantages socioéconomiques importants comme la création d'emplois, le bien-être communautaire, de nouvelles sources de revenus, des solutions à la pénurie de combustibles ou même des tarifs énergétiques moins élevés.

Qu'est-ce que l’énergie communautaire ?

Il n'existe pas de définition unique de l’énergie communautaire mais, à la base, cela implique la participation des citoyens à la production et à l'utilisation d'un système énergétique durable, avec un certain degré de contrôle sur l'activité.

Lorsque les citoyens sont propriétaires - au moins partiellement - de centrales d'énergie renouvelable, par exemple en détenant des parts dans une coopérative, on parle d’énergie communautaire. Si les citoyens participent à la planification, à l'installation et aux décisions opérationnelles d'une entreprise d'énergie, en exerçant leur droit de vote stratégique en tant que membres du conseil d'administration, par exemple, cela constitue également une énergie communautaire.

Et les communautés qui bénéficient des avantages socio-économiques de leur secteur énergétique lorsque les bénéfices de l'entreprise sont réinvestis dans l'activité ont également ce pouvoir.

Dans de tels scénarios, les citoyens cessent d'être de simples consommateurs et deviennent également producteurs. Cette définition élargit l’éventail de formes que pourrait prendre l’énergie communautaire. Et c'est important, parce que les particularités locales, ainsi que les nombreux obstacles juridiques et politiques, demeurent de puissants obstacles au développement de l’énergie communautaire.

Le partage d'expériences locales permet aussi à d'autres communautés d’aller de l'avant. Par exemple, au Danemark, une loi oblige les consommateurs ou les coopératives municipales à être propriétaires du chauffage urbain. Cela s'appliquait auparavant à la production d'électricité, et lorsque le marché européen de l'énergie s’est libéralisé en permettant à des entreprises privées d’opérer dans le secteur des énergies renouvelables, les habitants ont protesté. Cela démontre comment la participation des citoyens peut faciliter le développement et l'adoption de projets d'énergie renouvelable.

Cela montre également à quel point la structuration stratégique du marché de l'énergie sera importante pour la croissance de systèmes durables. Le programme récent Une énergie propre pour tous les Européens, qui soutient l'idée que « les consommateurs sont des acteurs actifs et centraux sur les marchés de l'énergie de demain », semble bien informé par le côté marché de l’énergie communautaire.

La déclaration de Fukushima

La déclaration rédigée suite à la conférence de Fukushima - Pour l'avenir de la terre - vise à faire de l'énergie communautaire le « modèle dominant de l'approvisionnement futur en énergie renouvelable à travers le monde ».

Pour atteindre cet objectif, les participants se sont engagés à améliorer la communication sur les bonnes pratiques, à travailler avec les gouvernements locaux sur des plans axés sur les énergies renouvelables et à s'engager dans la politique nationale et internationale pour favoriser les bonnes conditions de développement. Ils s'efforceront également de promouvoir le pouvoir communautaire dans les pays en voie de développement, par le transfert des compétences.

Les collectivités peuvent s'unir pour alimenter leurs maisons en énergie éolienne. Anthony Phelps/Reuters

Cette déclaration est, bien entendu, souple ; elle ne peut pas juridiquement contraindre à l'action. Néanmoins, elle met en lumière les liens importants entre les populations et les politiques dans la lutte contre le changement climatique. Les efforts des communautés en matière d'énergie seront non seulement essentiels pour atteindre l'objectif des Accords de Paris (minimiser la hausse à 2 °C par rapport aux niveaux préindustriels), mais ils pourraient aussi rendre les structures de gouvernance plus démocratiques.

La tendance à la décentralisation de l'énergie dans de nombreux pays est un bon exemple de domaines dans lesquels elle peut avoir un impact important. Depuis 2010, les agences internationales de développement ont souligné la contribution qu'un système énergétique décentralisé pourrait apporter à la réalisation des Objectifs de développement du millénaire des Nations unies.

En déléguant la gouvernance du pouvoir au niveau local, la décentralisation redonne le contrôle des ressources importantes aux citoyens. Ce changement donne aux villes une chance d'innover au niveau local, plutôt que de laisser aux communautés riches les ressources nécessaires pour entreprendre des programmes énergétiques ambitieux.

Si la conférence de Fukushima a été un exemple de la structuration de l'organisation de l’énergie communautaire, les années à venir seront déterminantes pour démontrer son évolutivité et son universalité. Prévue au Mali, la prochaine conférence aura lieu sur un continent où le développement socio-économique et la sécurité énergétique sont tout aussi importants que la lutte contre le défi mondial du changement climatique.

Source : The Conversation