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Santé

Vers une prise en charge personnalisée du cancer de l’ovaire

Dr. Parvin Tajik

Il n’existe pas de mammographie pour le cancer de l’ovaire, ni aucun moyen de le détecter de façon précoce avant que le cancer ne soit déjà déclaré. C’est la raison pour laquelle le cancer de l’ovaire présente un défi spécifique : la plupart des patientes, soit les trois quarts des 225 000 nouveaux cas déclarés chaque année, sont diagnostiquées tardivement alors que le cancer s’est déjà propagé.

En quête de nouvelles thérapies et de traitements personnalisés, un grand nombre d’études se sont concentrées, au cours des vingt dernières années, sur les marqueurs biologiques du cancer de l’ovaire. Il s’agit de caractéristiques cliniques associées à la maladie, susceptibles d’indiquer le traitement qui serait le plus efficace pour une patiente donnée. Toutefois, en dépit de tous ces efforts, le taux de survie n’a guère augmenté au cours des dernières décennies. En revanche, pour le cancer du sein, la recherche a réalisé de grands progrès dans l’utilisation efficace des marqueurs biologiques pour prévoir les résultats des traitements et les améliorer. Alors, pourquoi les avancées concernant le cancer de l’ovaire sont-elles au point mort ? Le Dr Parvin Tajik, bénéficiaire d’une bourse du Fonds AXA pour la Recherche au centre médical universitaire d’Amsterdam s’efforce, par son travail, de changer cette situation pour aider la médecine à franchir ce blocage et fournir aux médecins et patientes les outils adequats pour prendre des décisions de traitement plus avisées et plus personnalisées.

Adopter plusieurs perspectives d’approches d’une maladie multiforme

Le domaine de la recherche et du traitement du cancer de l’ovaire en arrive à la conclusion qu’il ne s’agit pas d’une maladie unique, mais d’une pathologie hétérogène. En explorant simultanément ses multiples aspects avec une équipe interdisciplinaire de gynécologues, d’oncologues, d’épidémiologistes, de biostatisticiens et de pathologistes, elle dresse un portrait plus complet du cancer de l’ovaire. La stratégie du Dr Tajik s’appuie d’abord sur la puissance des statistiques. Elle développe des méthodes permettant d’évaluer une multitude de marqueurs biologiques quant à leur capacité à prévoir l’avantage et les préjudices que présentent pour les patientes les options thérapeutiques qui s’offrent à elles. Plusieurs caractéristiques peuvent servir de marqueur biologique utile, notamment l’âge de la patiente, la taille de la tumeur et le stade de la maladie lors du diagnostic, la présence de mutations génétiques dans la tumeur (comme la mutation BRCA, bien connue dans le cancer du sein et également impliquée dans le cancer de l’ovaire), la présence de certaines protéines dans les cellules de la tumeur ou dans le sang, etc.

Le système d’évaluation multi-marqueurs développé par les chercheurs est un programme statistique permettant à l’utilisateur de définir différents marqueurs biologiques et les options thérapeutiques à prendre en considération. En s’appuyant sur les données préexistantes de grands essais cliniques (menés sur 800 patientes) et de la puissance statistiques de ces nombres, sa méthode permet de rechercher des corrélations entre les marqueurs et les résultats éventuels du traitement sur les patientes : les personnes présentant ces caractéristiques cliniques, recevant ce traitement, constatent la plupart du temps telle amélioration ou, au contraire, tels effets secondaires indésirables. Le modèle peut alors être utilisé pour prévoir les résultats des futures patientes.

Des marqueurs significatifs

L’équipe du Dr Tajik à Amsterdam a réalisé un examen systématique des recherches publiées concernant les marqueurs biologiques du cancer de l’ovaire au cours des cinq dernières années, soit 4 000 abstracts au total. Toutefois, en dépit de toutes ces recherches, seuls deux marqueurs biologiques ont été approuvés par la Food and Drug Administration américaine au cours des dix dernières années. En collaboration avec des chercheurs de Paris et Toronto, l’équipe essaie également de comprendre pourquoi la plupart des études sur les marqueurs biologiques du cancer de l’ovaire n’ont pas permis de traduire ces résultats en applications cliniques.

Après avoir évalué l’intégralité du processus mis en œuvre lors de ces études, de la préparation des échantillons à l’analyse, les résultats ont montré que la plupart des affirmations concernant les marqueurs du cancer de l’ovaire sont probablement basées sur des découvertes erronées (c’est-à-dire que les marqueurs identifiés ne peuvent pas prévoir la réaction des patientes à des traitements spécifiques) ou sur des marqueurs présentant des performances insuffisantes pour être utiles. Pour le Dr Tajik, cela montre qu’il existe des problèmes méthodologiques que les études futures concernant les marqueurs biologiques doivent résoudre afin d’améliorer la prise en charge des femmes atteintes du cancer de l’ovaire. De la même façon, les chercheurs dressent actuellement une liste des marqueurs biologiques prometteurs du cancer de l’ovaire, ceux étayés par le plus de preuves, à utiliser dans leur modèle multi-marqueurs complet.

Une médecine personnalisée : au-delà des gènes d’une patiente

Après avoir créé les outils permettant d’analyser le pouvoir prédictif de n’importe quel marqueur biologique et indiqué les plus susceptibles d’être significatifs, le Dr Tajik s’oriente désormais vers la prévision des résultats des différents traitements possibles pour chaque patiente. Si ces méthodes s’avèrent pertinentes pour toutes les décisions ayant trait au choix d’un traitement médical, elle se concentre sur le domaine de l’oncologie. Lorsqu’un diagnostic de cancer de l’ovaire à un stade avancé est posé, les docteurs et les patientes se trouvent confrontés à des décisions difficiles concernant le traitement ou la combinaison de traitements à utiliser sans connaître le résultat probable d’une option pour une personne donnée. Le travail du Dr Tajik peut permettre une prise en charge plus personnalisée, et pas uniquement en identifiant des déterminants génétiques pour la sélection du traitement.

Les outils développés placeront les divers besoins de la patiente, dont beaucoup sont souvent ignorés, au centre des considérations. Par exemple, les patientes ont différentes perceptions quant au fardeau que représente le traitement. C’est le cas lorsque les patientes hésitent entre chirurgie et chimiothérapie, certaines ont un besoin psychologique urgent de se débarrasser de la tumeur et souhaitent qu’elle soit ôtée avant la chimio. À l’inverse, certaines patientes veulent éviter à tout prix les complications éventuelles liées à la chirurgie. En leur montrant les avantages objectifs d’un traitement, évalué pour un cas particulier par le modèle du Dr Tajik, elles peuvent estimer ces avantages en fonction de leur perception, les compromis à réaliser, et être ainsi aussi à l’aise que possible avec leur décision. La médecine personnalisée concerne bien plus que les gènes d’une personne et l’outil du Dr Tajik devrait permettre de se concentrer sur les avantages inhérents pour les patientes et réduire le fardeau des traitements.

Cette adaptation sur mesure du traitement médical devrait également améliorer l’efficacité du système des soins de santé, en identifiant la thérapie la plus appropriée avant même que le traitement ne commence. Les outils de la Dr Tajik pourraient également favoriser la prise de décisions concernant la mise sur le marché d’un nouveau médicament ou le fait qu’il doive mentionner que la patiente doit présenter un marqueur spécifique. Des directives professionnelles pourraient également être développées pour les docteurs en les conseillant quant à la façon d’aider les patientes à choisir le meilleur traitement, offrant ainsi un mode de prise de décision partagée.

Le Dr Tajik préconise une vision de la médecine personnalisée à une échelle bien plus large que la chasse aux indicateurs génétiques. Son message est qu elle peut et doit s’appliquer à toutes les questions de choix de traitement dans le domaine médical. Cela pourrait concerner la santé mère/enfant, par exemple, et les choix concernant le moment d’opter pour une césarienne, de provoquer le travail, etc. Pour l’expérience qu’elle a connue, le Dr Tajik rend hommage au soutien du Fonds AXA pour la Recherche qui définit essentiellement son avenir professionnel, dont l’ objectif est de permettre une prise en charge médicale plus centrée sur le patient. Le soutien d’AXA lui a permis de réaliser de grandes avancées en termes de compréhension des marqueurs du cancer de l’ovaire et elle a bien l’intention de continuer dans ce sens.