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La science du changement : aider l'Afrique à faire face aux risques futurs

AXA Research Fund soutient la Chaire AXA sur les risques climatiques en Afrique depuis 2016. A l’Université du Cap, en Afrique du Sud, Jorisna Bonthuys, journaliste scientifique, a rencontré le Prof. Mark New .

Il est essentiel d'améliorer notre compréhension du risque lié aux phénomènes météorologiques et climatiques extrêmes pour que l'Afrique puisse réagir de manière adaptée au changement climatique.

 « Il est de plus en plus urgent d'améliorer notre compréhension du caractère évolutif du risque climatique sur le continent - et du rôle de l'homme à ce sujet », déclare le Professeur Mark New, titulaire de la Chaire AXA sur le risque climatique africain à l'Université du Cap (UCT). « Une grande partie de l’impact du changement climatique se produira à la suite d'événements extrêmes comme la sécheresse et les inondations. »

Mark New dirige l'African Climate and Development Initiative (ACDI, l’initiative africaine sur le climat et le développement) et est titulaire de la Chaire AXA sur le risque climatique africain à l'UCT depuis 2017. AXA, l'un des leaders mondiaux de l'assurance, s'engage, à travers AXA Research Fund, à soutenir ce poste pour 15 ans. Il financera trois chercheurs successifs : un nouveau titulaire de chaire sera nommé tous les cinq ans. Chacun entreprendra des recherches dans son domaine d'expertise, en l'alignant sur les priorités de recherche de l'université.

« AXA a apporté un soutien prévisible et à long terme à une série de projets novateurs et de thèmes de recherche liés aux risques climatiques en Afrique », déclare Mark New. « Cela nous permet de poser les questions auxquelles les fonds habituels [finançant les recherches sur le climat] n'ont pas pensé ou ne veulent pas se poser. »

Pr. New occupe un poste académique permanent au Département des sciences environnementales et géographiques de l'UCT, tout en étant détaché auprès de l'ACDI pour la durée de son mandat de titulaire de la chaire d’AXA. L'ACDI est le fer de lance de l’université pour répondre aux besoins de l'Afrique en matière de climat et de développement : elle développe une recherche innovante visant à fournir des connaissances tournées vers le développement de solutions, au service de la société.

La science de l'attribution climatique est le domaine d’expertise du Prof. New. Ce domaine vise à quantifier si, et dans quelle mesure, les émissions de gaz à effet de serre d'origine humaine contribuent à la probabilité qu'un événement météorologique extrême se produise.

Ses recherches en tant que titulaire de la chaire AXA contribuent à combler une lacune importante dans ce domaine, car elles lui permettent de conduire un changement radical dans la science de l'attribution qui se concentre directement sur les études de cas africaines. Le programme de la chaire de Mark New réunit des chercheurs africains et internationaux pour accélérer ce focus sur l’Afrique. Il combine la force d'experts locaux et mondiaux, en incluant des jeunes chercheurs africains.

Prof. Mark New, titulaire de la Chaire AXA portant sur les risques climatiques en Afrique.

Un nouveau climat pour la recherche sur les risques

La mission du Prof. New ? Comprendre comment le risque d'événements climatiques extrêmes change en Afrique australe et dans quelle mesure ce changement est causé par le réchauffement climatique dû aux gaz à effet de serre.

« Il est urgent de produire de nouvelles connaissances à propos de la nature changeante du risque climatique, étant donné notre besoin de nous adapter aux changements planétaires déjà en cours », note New. « 

La nature nous envoie des signaux d'alarme indiquant que la planète se réchauffe à un rythme sans précédent»

« Le changement climatique est en cours et la société doit s'y adapter. »

Bien que le réchauffement du système climatique soit sans équivoque, la science n’est pas encore en mesure de proposer une vision claire des effets du changement climatique anthropique au niveau régional ou local.

« Ce que nous savons, cependant, c'est que dans de nombreuses régions, les phénomènes météorologiques extrêmes - comme les sécheresses et les inondations - sont associés à des pertes et des dommages plus importants », dit-il.

Prof. New quantifie l'influence humaine sur ces événements extrêmes et leur impact sur les systèmes hydrologiques et agricoles dans la région, entre autres choses. Ce travail, basé sur des méthodes scientifiques d'attribution bien établies, est axé sur l'Afrique australe - et de potentielles applications à travers tout le continent.

La province du Cap-Occidental, en Afrique du Sud, est le cadre idéal pour le travail de New. Entre 2015 et 2017, la province a connu la plus grave sécheresse depuis un siècle ; Le Cap est presque devenu la première ville développée à manquer d'eau.

Pour apporter un nouvel éclairage, Mark New se penche également sur d'autres événements extrêmes, tels que les incendies qui ont ravagé la région et les récentes inondations au Kenya. Pour ce faire, il travaille en étroite collaboration avec le réseau d'experts et de partenaires de l'ACDI.

 

En quoi les humains sont-ils responsables ?

Les recherches du Prof. New consistent à simuler des phénomènes météorologiques extrêmes passés et actuels à l'aide de modèles climatiques et d'une approche multi méthodes. A travers cette modélisation, l'équipe de recherche est en mesure d'ajouter ou de supprimer des contributions humaines au fil du temps, ce qui permet d'activer ou de désactiver l'effet de l’activité humaine. Cela lui permet de modéliser, par exemple, le rôle joué par la gestion des sols dans l'augmentation des risques d'incendie et de pénurie d'eau, par rapport à la façon dont les facteurs du changement climatique ont contribué à ces événements extrêmes.

Expliquer le lien entre les événements climatiques extrêmes et les activités humaines, c'est comme expliquer le lien entre le tabagisme et le risque de développer un cancer du poumon. « Les chercheurs en médecine savent que le tabagisme est une cause incontestée de cancer du poumon et, en comparant la fréquence du cancer chez ceux qui fument et ceux qui ne fument pas, ils peuvent estimer le risque supplémentaire lié au tabagisme », explique M. New. « En tant que chercheurs sur le climat, notre travail consiste à expliquer avec précision le lien entre la contribution humaine au changement climatique en brûlant des combustibles fossiles - l'équivalent du tabac - et son effet sur la santé et les systèmes de notre planète. »

Prof. New analyse également les effets des mesures prises pour faire face au changement climatique dans les zones rurales et urbaines. Ses modèles lui permettent également d'activer et de désactiver différentes réponses, comme par exemple celle d’un gouvernement qui élimine la végétation des sources d'eau. Cela permet de voir comment une action spécifique sur le terrain peut atténuer l'impact des conditions météorologiques extrêmes. Cela pourrait aider les planificateurs et les dirigeants à concevoir des mesures d'adaptation pertinentes.

Les résultats de cette recherche ouvrent déjà la voie à des changements dans la gestion et la conservation de l'eau et l'assurance contre les catastrophes. D’après les dernières recherches de l'équipe, le changement climatique induit par l'homme et ses effets sur la pluviométrie ont rendu la récente sécheresse au Cap occidental environ trois fois plus probable qu'elle ne l'aurait été dans un monde sans impact humain.

C’est le croisement entre les sciences naturelles et les sciences socio-économiques qui fascine le prof. New. « Il est temps de faire attention ! », souligne-t-il. « Nos dirigeants doivent s'efforcer d'éviter une augmentation dangereuse de la température en réduisant les émissions, mais ils doivent prévoir de s'adapter aux inévitables changements liés au changement climatique qui sont déjà en cours. »

Prof. New conclut : « L'utilisation de simulations du changement climatique dans la région peut aider les spécialistes de la planification à faire face à l'impensable et à en tirer des leçons. »

« Notre travail peut aider à comprendre les risques climatiques et à apporter un changement radical dans la science de l'attribution, ainsi que dans les mesures d’adaptation à mettre en place en Afrique. Préparez-vous à l’augmentation des risques climatiques dans notre région. »

●     En savoir plus sur l’ACDI.

Photo : @finding_dan

Prof. Mark New

Découvrez le projet de recherche du Prof. Mark New portant sur le risque climatique africain.

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