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Santé

Violence conjugale envers les femmes : donner aux proches les moyens d’intervenir

Alison gregory

Nationality British

Year of selection 2018

Institution University of Bristol

Country United Kingdom

Risk Santé

Post-Doctoral Fellowship

2 years

125000 €

Date de démarrage du projet : 31/08/2019

Selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), presque un tiers (30 %) des femmes dans le monde dit avoir été victimes au moins une fois d’une forme de violence physique et/ou sexuelle de la part d’un partenaire. Au Royaume-Uni, deux femmes meurent chaque semaine sous les coups de leur partenaire ou de leur ex compagnon. Pour les survivantes, les abus et violences conjugales peuvent avoir de graves répercussions sur la santé physique et mentale. Malgré le préjudice porté, elles sont souvent réticentes à faire appel au soutien de professionnels. Quand elles se décident à en parler, « la grande majorité préfère se tourner vers des proches », rapporte le Docteur Alison Gregory, spécialiste de la violence et des abus conjugaux (Domestic Violence and Abuse, DVA) et lauréate AXA à l’Université de Bristol. « Si ce soutien est positif, les études ont montré qu’il peut influer positivement sur la santé des survivantes ». Cependant, « les personnes qui offrent leur aide hors du cadre professionnel commettent fréquemment des erreurs, car il leur manque les compétences, l’équipement ou le soutien nécessaire pour faire face à ce genre de situation ». Le projet du Dr. Gregory vise donc à développer des interventions (produits et services) spécialement adaptées aux amis, aux membres de la famille, aux voisins et aux collègues qui veulent aider. L’objectif est de mieux équiper ces personnes, afin qu’elles puissent soutenir les victimes de la meilleure manière possible.

Au Royaume-Uni, les foyers d'accueils pour femmes ont vu leur budget réduit de près d’un quart au cours des sept dernières années. Les mesures d'austérité ayant considérablement diminué le budget alloué aux professionnels du soutien aux victimes de violences conjugales, « le rôle des amis et des membres de la famille s’est vu mis en exergue, souligne la post-doctorante. Les victimes attendent beaucoup de ces proches, qui se retrouvent alors souvent dans des situations délicates. Ils peuvent être très affectés émotionnellement, ou ressentir des sentiments conflictuels. Ils peuvent faire face à des menaces, craindre pour leur sécurité, et pour celle de la personne à laquelle ils veulent venir en aide. J’ai pris conscience que, malgré le caractère délicat de leur position et le rôle capital de leur soutien, aucun appuie n’était apporté à ces personnes ». Dans le cas du Dr. Gregory, cette prise de conscience découle d’une expérience personnelle. « J’ai une amie qui a été victime de violences conjugales. Elle n’a jamais fait appel à une aide professionnelle. Pour elle, c’est le soutien de sa famille et de ses amis qui a fait toute la différence. À l’époque, je n’ai pas eu l’impression d’être suffisamment qualifiée pour l’aider, même en tant que personne qui connaissait bien le sujet. J’ai donc voulu savoir comment les autres géraient la situation, et c’est ainsi que j’ai débuté mes recherches. »

Des interventions « sur mesure » pour répondre aux besoins des membres de la familles et des amis

Le projet s’appuie sur une initiative de recherche entreprise à l’époque de son doctorat, déjà centrée sur la façon dont les soutiens dits « informels » vivent cette expérience d’aider une survivante et la manière dont ils apportent leur aide. « À présent, je souhaite me servir des connaissances et de l’expérience que j’ai acquises pour aller encore plus loin, et fournir à ces soutiens potentiels des outils spécifiquement adaptés à leurs besoins ». Son approche est particulièrement innovante par sa nature. « La recherche au contact direct des personnes apportant un soutien informel aux victimes n’en est qu’à ses premiers pas. Quelques études ont déjà essayé de préparer les témoins de violences conjugales à intervenir, mais c’est différent de ce que j’entreprends. J’essaye de déterminer les besoins des personnes proches, celles qui sont déjà confrontées au problème, celles qui sont impliquées dans la situation ». Pour mener à bien ses recherches, le Dr. Gregory et son équipe vont commencer par recruter un large éventail de personnes apportant un soutien de ce type à des proches. Ils mèneront ensuite un travail exploratoire pour déterminer et prioriser leurs besoins et leurs préférences. Une fois les composants primordiaux établis, les interventions pourront être mises au point. « En fonction des résultats, nous développerons soit un, soit plusieurs types de produits, adaptés aux besoins spécifiques des différentes populations : une application pour les jeunes, par exemple, et peut-être d’autres supports pour les personnes plus âgées. » Les produits seront ensuite testés afin d’évaluer leur impact. Outre la dissémination des résultats par le biais de publications scientifiques, l’équipe prévoit aussi de participer à des conférences de médecine ou d’aide sociale, ainsi que d’émettre des communiqués de presse, et des posts sur les réseaux sociaux, etc. « Une bonne partie de la dissémination se fera à travers les associations avec lesquelles nous collaborons, à savoir Women’s AID, AAFDA (Advocacy After Fatal Domestic Abuse - Aide juridique pour les victimes de violence conjugale), et le Hollie Gazzard Trust ».

Comme le décrit justement le Dr. Alison Gregory, « la violence conjugale est un problème aux proportions gigantesques, chronique par nature, et aux conséquences d’une portée considérable ». Le Conseil de l'Europe, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) et l’Organisation des Nations Unies (ONU) ont tous identifié la violence envers les femmes comme un problème de santé publique majeur. En se penchant sur le cas des soutiens informels, la chercheuse vise à combler une lacune considérable dans la manière dont les violences conjugales sont actuellement gérées. Son initiative est d’autant plus importante que, dans le contexte actuel d’austérité, les professionnels du soutien aux victimes d’abus et de violences conjugales subissent une baisse préoccupante de leurs budgets dans de nombreux pays partout dans le monde.