Socio-Economie

Comment lever les obstacles au leadership et à l'entrepreneuriat féminins

Anne boring

Nationality French

Year of selection 2018

Institution SciencesPo

Country France

Risk Socio-Economie

Chairs

3 years

240000 €

Saviez-vous que, lorsqu'ils sont mal conçus, les cursus consacrés à la lutte contre l’inégalité des genres à l’usage des managers peuvent se révéler contre-productifs ? Ou qu’un nombre croissant de pays développés ont tendance à accorder une part moins importante à l'entrepreneuriat féminin ? Malgré les millions de dollars dépensés chaque année par les entreprises dans des plans de diversité, on compte encore peu de femmes à des postes de direction. En 2018, 24 femmes PDG en tout et pour tout étaient chefs d’entreprises sur la liste du Fortune 500. Dans l’univers des start-ups, en particulier, les dirigeantes féminines sont victimes de discrimination et de préjugés. Alarmé par ce phénomène de stagnation, voire de régression, Sciences Po Paris et son centre d'entrepreneuriat ont créé la Chaire pour l'entrepreneuriat des femmes. L'objectif de cette nouvelle chaire de recherche et d'enseignement, cofinancée par le Fonds AXA pour la Recherche, est de mettre en œuvre des interventions afin de réduire la discrimination, l'impact des stéréotypes et des clichés, ainsi que d'autres obstacles au leadership et à l'entrepreneuriat féminins.

« L'idée de ce projet est née d'une discussion que j'ai eue avec Maxime Marzin, directeur du Centre pour l'Entrepreneuriat à Sciences Po, raconte l'économiste Anne Boring, titulaire de la chaire. Il me parlait du fait que son incubateur de start-ups ne recueille qu’un tiers de candidatures féminines. Et cela, malgré le fait que, chaque année, 50% des étudiants participant au cours introductif en entrepreneuriat sont des femmes, dont les résultats sont tout aussi bons que ceux des hommes. Nous voulions tous les deux comprendre pourquoi et nous sommes donc rendus à l'université de Stanford, où la recherche dans ce domaine est à la pointe. Nous avons découvert qu'ils n'avaient pas vraiment de réponse eux non plus. C'est là que nous avons réalisé la nécessité d'un programme de recherche sur les femmes dans l’univers des start-ups et, de manière plus générale, aux postes de direction. »

Pour produire des solutions efficaces, il faut voir au-delà des apparences et des préjugés

Le programme de recherche initié par Anne Boring et Maxime Marzin consiste en trois axes : la recherche, l'enseignement et la diffusion des connaissances. Jusqu'à présent, trois programmes de recherche ont débuté pour essayer de répondre aux questions suivantes : quels types de compétences encourage-t-on les femmes à adopter sur leur lieu de travail afin d’atteindre des postes de direction ? Les femmes apprennent-elles les compétences qui leur seront utiles dans le futur ? Quelles sont les spécificités et les contraintes auxquelles font face les entrepreneurs féminins ? Ces projets s’inscrivent dans le cadre de deux objectifs de recherche majeurs : procéder à un examen des raisons principales pour lesquelles il y a peu de femmes dans l’entrepreneuriat et aux postes de direction, et travailler à mieux comprendre les compétences qu’il serait nécessaire que les femmes acquièrent dans l’enseignement supérieur. Les conclusions de la chaire seront prises en compte dans la création de formations à Sciences Po, bien entendu, mais aussi dans d’autres universités et contextes. Les résultats, ainsi que le matériel didactique, seront diffusés aussi largement que possible, notamment à travers la création d’un site internet dédié.

Comme le remarque le Dr Boring, « une partie des conseils qui sont donnés actuellement aux femmes n’est pas basée sur des recherches sérieuses. Les recommandations peuvent être fondées sur des préjugés ou des clichés qui ne sont pas vrais. Par exemple, les gens ont tendance à penser que la raison pour laquelle les femmes n’ont pas les mêmes conditions de travail et de salaire que les hommes est qu’elles ne négocient pas. Par conséquent, un conseil qu’on leur donne communément est d’apprendre à négocier. Cependant, une étude récente a montré que lorsque les femmes s’y essaient, elles peuvent être perçues de manière négative et donc être sanctionnées. Les normes sociales et environnementales compliquent les choses. Nous devons changer l’idée selon laquelle c’est de la faute des femmes si elles ne reçoivent pas le même traitement. »

Les start-ups, particulièrement dans le secteur des technologies, redéfinissent le marché du travail du futur. Mais, à des endroits comme la Silicon Valley, en Amérique, les femmes sont largement sous-représentées, dans l’ordre des 10%. De tels constats appellent des mesures urgentes. Le programme de recherche complet et ambitieux mené par le Dr Anne Boring vise à fournir un aperçu sans précédent des obstacles à l’égalité des sexes encore trop nombreux dans nos sociétés. "Mon espoir personnel est que la chaire parviendra à recueillir les informations qui nous manquent et qui nous sont nécessaires afin de permettre aux femmes de dévoiler leur véritable potentiel, résume la titulaire de la chaire. Nous cherchons à entraîner les femmes à être préparées aux obstacles qu’elles rencontreront, à leur apprendre à réagir de manière à désamorcer la discrimination qu’elles sont susceptibles de rencontrer. De cette manière, nous pouvons leur donner les moyens de montrer qu’elles sont tout aussi compétentes que les hommes, et à obtenir les postes et les salaires qu’elles méritent. Nous voulons aussi aider les organisations à réduire l’impact des préjugés et de la discrimination sur le lieu de travail. »