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Santé

5-COOP : relations entre les niveaux de sélection de la mortalité et l'état de santé des très âgés

Jean-Marie robine

Nationality French

Year of selection 2010

Institution INSERM

Country France

Risk Santé

AXA Projects

2 years

588385 €

Qui parmi nous vivra cent ans ?

Dans beaucoup de pays, les histoires de centenaires heureux font souvent l'objet d'une certaine attention médiatique. En effet, grâce aux progrès de la médecine ainsi qu'à l'évolution des soins et de certains choix de vie, la part de la population qui vit jusqu'à 90 ans et plus ne cesse de croître. Est-ce pourtant souhaitable de vivre si longtemps ? Quelles en sont les conséquences sur les politiques de santé ? C'est précisément ce que cherche à savoir l'équipe de recherche internationale et interdisciplinaire qui va mener ce projet pendant deux ans.
Mené par le professeur Jean-Marie Robine de l'INSERM, le Five-Country Oldest Old Project (5-COOP, Projet Quatrième Âge à Cinq Pays) a été conçu dans le but de mieux comprendre la longévité, afin de pouvoir anticiper le volume et l'état de santé de ce « quatrième âge » dans les prochaines décennies. À partir d'enquêtes conduites sur des échantillons de centenaires originaires de cinq pays, le projet doit se pencher sur les facteurs clés que sont les capacités physiques, sensorielles, et intellectuelles, l'âge où les maladies chroniques commencent à se déclarer, la fréquence de ces maladies ainsi que d'autres problèmes de santé liés à l'âge, et le rapport entre mortalité et état de santé.
Les cinq pays sélectionnés (Danemark, France, Japon, Suède et Suisse) ont été choisis pour la qualité des données disponibles sur la mortalité et/ou la santé des centenaires, parce qu'ils connaissent une proportion élevée de centenaires dans leur population et possèdent d'excellentes équipes de recherche. Parmi les équipes multidisciplinaires qui conduisent ces recherches, sont présents des experts reconnus dans les domaines tels que le vieillissement, la gériatrie, la médecine préventive et sociale et la santé publique.
En plus de prévoir l'évolution démographique de ce quatrième âge, l'équipe menée par Jean-Marie Robine ambitionne de mieux comprendre les causes et les caractéristiques des maladies qui frappent cette tranche d'âge peu étudiée, et d'estimer les risques de dépendance et de déficience physique ou mentale. A travers l'examen des besoins médicaux et sociaux, ainsi que des rapports entre santé et espérance de vie, ces résultats pourraient aider à concevoir des politiques de santé adaptées pour l'avenir.
Le déclin de la mortalité chez les personnes âgées a commencé dès les années 1930 dans les pays les plus avancés, mais n’a été perçu qu’à partir des années 1970. Il a conduit à formuler trois grandes théories sur les changements attendus quant à l’état de santé des populations : la compression de la morbidité, la pandémie de l’invalidité et l’équilibre dynamique. D’après la première de ces théories, la morbidité est comprimée en fin de vie en raison de l’adoption de comportements sains et de l’hypothèse selon laquelle la longévité est fortement limitée. La seconde théorie considère que nous ne faisons que maintenir en vie plus longtemps les personnes malades, ce qui augmente la prévalence des maladies chroniques et l’invalidité. Enfin, selon la troisième théorie, nous maintenons en vie plus longtemps les personnes malades, mais nous ralentissons également le développement des maladies chroniques et nous retardons le début de l’invalidité. Toutefois, l’observation la plus surprenante de ces dernières décennies concerne la forte diminution de la mortalité chez les personnes très âgées, qui a engendré une augmentation inattendue du nombre de nonagénaires et de centenaires. Les théories ci-dessus ne nous permettent pas de comprendre la relation entre le niveau de sélection lié à la mortalité (dans quelle mesure il est facile ou non de survivre à un âge donné) et l’état de santé fonctionnel des survivants (c’est-à-dire les personnes ayant atteint cet âge donné). Il s’agit là d’une nouvelle frontière pour la recherche sur la longévité active et en bonne santé et c’est dans cette direction que s’oriente le projet 5-COOP (Five-Country Oldest Old Project), soutenu par le Fonds AXA pour la Recherche.

LES CENTENAIRES DE CINQ PAYS À LA LOUPE

L’éminent démographe français Jean-Marie Robine vient de démarrer une étude sur l’espérance de vie et la santé des très âgés en France, en Suisse, au Japon, au Danemark et en Suède. Un projet pionnier par son envergure.
Le Japon détient le record du nombre de centenaires en proportion de la population générale. Depuis 1990, leur nombre a quadruplé tous les dix ans, atteignant 44 449 aujourd’hui. En seconde position, l’Hexagone en compte déjà plus de 16 000. Cette augmentation à la fois impressionnante et inattendue de la vie des adultes dans la plupart des pays développés constitue ce que Jean-Marie Robine, directeur de l’équipe « Démographie et santé » de l’Inserm à Montpellier, nomme « la révolution de la longévité ». Un bouleversement de taille, mais qui garde encore bien des mystères.

Pourquoi les effectifs de personnes très âgées explosent- ils dans certains pays ? Et comment vivent-elles ce grand âge : en forme ou très diminuée ? Pour en savoir plus, Jean-Marie Robine fait en 2008 le tour des études historiques sur le sujet. Il constate un manque criant de données représentatives et comparables. Quelques pistes, toutefois : au Japon, des études à plusieurs années d’écart pointent un effondrement de l’état de santé fonctionnel avec presque 40 % des femmes centenaires confinées au lit.
Deux ans plus tard, Jean-Marie Robine décide de creuser et lance, avec l’appui du Fonds AXA pour la Recherche, un projet d’envergure (« L’étude des cinq pays (5-COOP) : relation entre le niveau de sélection dû à la mortalité et l’état de santé des survivants très âgés »). « 5-COOP va commencer par être une grande photographie des centenaires en France, en Suède, en Suisse, au Danemark et au Japon, où nous aurons deux groupes, dans la préfecture de Tokyo et celle d’Okinawa», explique Jean-Marie Robine.
Le projet mobilise une équipe multidisciplinaire de quelque 25 scientifiques, qui s’apprêtent à publier leur premier article (Current Gerontology and Geriatrics Research (2011), basé sur l’analyse des données disponibles. Il révèle trois niveaux de sélection de la mortalité très différents. « Il est clairement plus facile de devenir centenaire aujourd’hui au Japon qu’en France ou en Suisse, mais c’est également plus facile dans ces deux pays qu’au Danemark et en Suède », souligne Jean-Marie Robine.
Les enquêtes de terrain peuvent maintenant commencer. Le but : appliquer le même protocole de recherche partout (voir encadré) pour offrir une mesure strictement identique de l’état de santé fonctionnel des participants. Au total, six échantillons de 250 centenaires permettront l’analyse simultanée de 125 variables. « Nous les interrogerons sur presque tout, pour avoir une vision globale et éviter l’angle d’attaque purement médicalisé », signale Jean-Marie Robine. La collecte des données devrait s’étirer jusqu’à l’été 2012. Suivront trois ans d’analyses. Mais Jean-Marie Robine prévoit déjà, au bout de cinq ans, de renouveler l’opération auprès d’un deuxième échantillon de même taille.

5-COOP : UN QUESTIONNAIRE TRÈS COMPLET

Les enquêteurs de l’étude 5-COOP récolteront les mêmes informations auprès des centenaires des cinq pays. Elles toucheront notamment:

  • les données sociodémographiques : famille, niveau d’éducation, métier, lieu de résidence, type d’habitat, vie isolée ou en famille, niveau de richesse…
  • la qualité de vie ressentie
  • les activités de loisirs : aller au théâtre, collectionner des timbres.
  • les capacités fonctionnelles : activité élémentaires du quotidien (se lever, s’habiller, faire sa toilette…) et activités instrumentales (faire le ménage, les courses, gérer ses médicaments…)
  • la mobilité : marcher, prendre les transports en commun
  • sleeping habits
  • le statut cognitif : dépistage de la démence, test de fluence verbale…
  • la force musculaire, la souplesse, les capacités respiratoires avec des exercices simples.
  • les maladies et douleurs dont la personne souffre et quand elles sont apparues (avant ou après 85 ans), les médicaments prescrits.
  • la consommation d’alcool et de tabac
  • la mesure de l’humeur (état dépressif)
  • les aidants : la personne a-t-elle de la compagnie ?
  • les conditions du logement, les services de proximité
  • les éventuels dispositifs d’assistance.

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