Bannière Cookies

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites.

Santé

Biopsies liquides : vers une médecine personnalisée

João miguel alves

Nationality Potuguese

Year of selection 2017

Institution Universidade de Vigo

Country Spain

Risk Santé

Post-Doctoral Fellowship

2 years

130000 €

Les cancers présentent un degré surprenant de diversité. Cette hétérogénéité est non seulement constatée d’un patient à l’autre, mais également au sein même du corps d’un même individu. Une tumeur peut être composée d’une population génétiquement diverse de cellules cancéreuses. Les biopsies conventionnelles ne reflètent pas cette diversité, car elles ne permettent l'échantillonnage que d’un petit morceau de tissu. Le Dr João Miguel Alves, chercheur postdoctoral à l’université de Vigo, en Espagne, évalue le potentiel des “biopsies liquides” de sang comme méthode plus approfondie pour le diagnostic du cancer. Plus spécifiquement il cherche à étudier comment l’information provenant des cellules tumorales circulant dans le flux sanguin (CTC) peut être utilisée comme indicateur de l’agressivité d’une tumeur dans le cas d’un cancer colorectal. L’objectif global est d'ouvrir la voie à des stratégies thérapeutiques mieux adaptées aux patients, plus précises et plus efficaces.

La communauté des chercheurs vient tout juste de découvrir que le cancer est très hétérogène en termes de composition génétique, rapporte le Dr Alves. « C’est encore un domaine très récent dans l’ensemble : il date de quelques années seulement ». « Cette découverte remet en question l’efficacité des biopsies conventionnelles, poursuit-il, car en ne capturant qu’une fraction des caractéristiques de la tumeur, cette méthode de diagnostic conduit à des stratégies de traitement inadaptées ». Le cancer est une maladie dynamique, qui avec le temps, devient généralement plus hétérogène. En effet, du fait de mutations génétiques, la signature moléculaire des cellules à l’intérieur d’une tumeur évolue de manière différente des autres, ce qui mène à des niveaux différents de sensibilité au traitement. « Les cancers hétérogènes sont donc responsables d'un plus grand taux de mortalité », explique le chercheur. Il est essentiel de prendre en compte cette diversité, et de la mesurer, mais comment ? Quelle méthode de diagnostic est capable de l’évaluer ? Nous savons que de la matière tumorale circule dans le sang des patients. On trouve, parmi celle-ci, des cellules cancéreuses intactes, appelées CTC, issues des dépôts de tumeurs primaires ou métastatiques. En d'autres termes, un simple test sanguin non-intrusif permettrait peut-être un échantillonnage plus représentatif de la diversité de cancers qu'une biopsie invasive conventionnelle. En se fondant sur de nouvelles technologies, le projet présenté vise à éprouver cette hypothèse en apportant des réponses aux questions suivantes : les CTC peuvent-elles permettre de révéler la diversité réelle des cellules cancéreuses chez un patient ? Et, si tel est le cas, y a-t-il une corrélation entre cette information et le taux de survie global du patient ?

Comprendre l’hétérogénéité des tumeurs : le prochain défi de la cancérologie

En raison du caractère récent de ce domaine de recherche, les études portant sur les cellules tumorales circulantes se sont, jusqu’à présent, principalement concentrées sur un simple travail d’énumération. Le nombre de CTC présentes dans le sang, pouvant varier de 5 à 50 unités par cuillère à café de sang, est utilisé pour évaluer le niveau de risque du patient. « Le problème avec cette méthode, mis à part le fait qu’elle nécessite un instrument très puissant afin d’obtenir un résultat précis, est qu’elle ne prend pas en compte la variabilité parmi ces cellules », souligne le Dr Alves. « Notre étude vise à aller plus loin et à ne pas se contenter de compter les CTC, mais à les différencier en séquençant leur génome ». « Grâce à des avancées en matière d’isolement des CTC, ainsi qu’aux améliorations techniques rendant possible le séquençage du génome d’une seule cellule, il semblerait qu’il soit possible de mesurer le rôle que joue la diversité des CTC dans la progression de la maladie », poursuit-il. Pour mener ce projet à bien, le Dr Alves travaille de concert avec trois hôpitaux où des patients atteints de cancers colorectaux sont traités. Sa méthodologie consistera à collecter les échantillons sanguins d’une centaine de patients, puis, en utilisant des outils laboratoires de pointe, d’isoler les cellules tumorales circulantes et de séquencer leur génome, et enfin d’exploiter les données collectées afin de déterminer les statistiques de diversité et les comparer au taux de survie du patient. De cette manière, il espère répondre « à des questions cruciales concernant les CTC et le rôle pronostique potentiel de leur diversité ».

La possibilité d’étudier les cancers grâce à des échantillons sanguins est l’un des domaines les plus prometteurs du diagnostic de ces maladies, et celui qui évolue le plus rapidement. L’accessibilité des cellules tumorales circulantes, et le fait qu’elles peuvent provenir de différents endroits du corps, font d’elles des sources incroyablement précieuses d’informations, et potentiellement cruciales pour le traitement efficace de la maladie. En concentrant ses recherches sur la capacité éventuelle du paysage génétique des CTC à représenter la diversité réelle des tumeurs, l’approche du Dr Alves devrait apporter une contribution précieuse à l’évolution de ce tout nouveau, et très prometteur, domaine de recherche.