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Santé

L'activité électrophysiologique du striatum ventral en réponse à la prosodie émotionnelle chez les patients atteints de dépression résistante ou chronique – étude annexe à l'étude Pré-STHYM

Julie peron

Nationality French

Year of selection 2009

Institution Geneva University

Country Switzerland

Risk Santé

Post-Doctoral Fellowship

1 year

120000 €

Ecoute bien, ton cerveau va répondre !

La dépression est associée à de fortes émotions négatives. Afin d’étudier l’activité des régions cérébrales impliquées dans le traitement des émotions, Julie Péron l’enregistre directement lors de neurochirurgies. La dépression peut être traitée grâce à une stimulation cérébrale profonde, qui nécessite l’implantation d’électrodes de stimulation dans le cerveau du patient. Les recherches innovantes de Julie Péron permettront une meilleure compréhension de la dépression, et ainsi d’améliorer la qualité de vie des patients.

Le cerveau, l’électrode et la perception des émotions

Julie Péron partage son temps entre le service de neurologie du Centre Hospitalier Universitaire de Rennes et le pôle de recherche suisse en sciences affectives, basé à Genève. Cette jeune neuropsychologue française y conduit ses recherches post-doctorales, grâce à une bourse AXA. Son objectif : mieux comprendre l’implication d’une petite zone du cerveau, le striatum ventral, dans la reconnaissance des émotions portées par la voix humaine. Pour lever le voile, elle étudie l’activité électrophysiologique de cette structure grâce à des électrodes implantées à l’intérieur du cerveau de patients dépressifs, dont on tente ainsi de traiter les symptômes. Retour sur cette chirurgie de pointe et les perspectives qu’elle ouvre pour la recherche fondamentale.

Comment l’électro-stimulation cérébrale, c’est-à-dire la pose d’électrodes dans des zones ciblées du cerveau, estelle devenue un traitement courant de certaines maladies neurologiques ?
C’était une première grenobloise, menée en 1993 chez des personnes atteintes de la maladies de Parkinson par le professeur Alim-Louis Benabid. Cette prise en charge permet d’améliorer les symptômes moteurs (tremblements, agitation…) de ces pathologies. C’est même spectaculaire : dès que le courant est en place, les troubles disparaissent ; si la stimulation s’arrête, ils reviennent au galop. L’opération se pratique en Europe et aux États-Unis, mais la France est toujours en pointe dans ce domaine.

Cette opération est-elle très risquée ?

C’est un acte très invasif. Mais il n’est proposé, dans la maladie de Parkinson, qu’à 10 % des patients, selon des critères très sélectifs, et uniquement quand les autres traitements échouent ou cessent d’agir. Pour eux, c’est une technique vitale.

Entre 2002 et 2008, vous avez exercé dans l’équipe « Comportement et Noyaux Gris Centraux », dirigée par Marc Vérin, professeur en neurologie, au sein du CHU de Rennes. C’est la genèse de vos recherches actuelles. Quel était votre rôle?

Je voyais des patients qui allaient être opérés et j’évaluais leur état cérébral, notamment les fonctions supérieures (la mémoire, le langage, etc.) pour savoir s’ils étaient opérables ou pas. Parallèlement à cette activité clinique, je menais des recherches. Car ce type de procédure nous place toujours à la frontière entre l’appliqué et le fondamental. Ces électrodes, destinées à soigner les patients, sont également utiles à la connaissance du cerveau. Ils renseignent sur les signaux électriques émis par les neurones, ce que ne peut pas faire l’imagerie cérébrale.

Comment en êtes-vous arrivée à vous pencher sur la reconnaissance et le ressenti des émotions?

Nous avons découvert que l’électro-stimulation avait des effets secondaires, très discrets mais présents. Il s’agit de troubles émotionnels, notamment de difficultés à reconnaître les expressions sur le visage des autres (par exemple la colère, qui modifie la contraction des muscles faciaux) ou les émotions véhiculées par la voix. Certains patients se mettaient dans des situations de danger ou changeaient de comportement alimentaire, avec une appétence pour le sucré. Cela nous a fait penser aux symptômes liés à certaines lésions du cerveau. Nous avons voulu en savoir plus. Et nous avons pu mettre en évidence, pour la première fois, que la petite structure que l’on stimulait pour la maladie de Parkinson, le noyau sous-thalamique, était impliquée dans les processus émotionnel chez l’homme. C’est l’objet de ma thèse, soutenue en 2008.

Cette opération est ensuite proposée pour traiter d’autres pathologies : les maladies psychiatriques.

De fait, une nouvelle piste thérapeutique s’ouvrait. Modifier le fonctionnement des émotions pouvait s’avérer intéressant dans ces maladies. Les 11 centres en France spécialisés dans l’électro-stimulation cérébrale ont donc testé cette chirurgie sur les troubles obsessionnels compulsifs (TOC) résistants à toute autre thérapeutique(1). Une autre première mondiale, qui a donné des résultats remarquables. Par ailleurs, certains patients avaient développé de manière concomitante des dépressions, et nous avions là aussi des résultats positifs. D’où l’idée de proposer également cette procédure pour traiter des personnes atteintes de dépressions chroniques résistantes aux traitements. Cette étude, baptisée Pré-STHYM, est en cours. Elle est dirigée par le Professeur Bruno Millet, du Centre Hospitalier de Psychiatrie Adulte de Rennes.

Dans ce cadre, vous menez vos recherches sur l’implication du striatum ventral - la zone du cerveau maintenant visée pour tenter de traiter les dépressifs chroniques résistants - dans le traitement des émotions. Mais vous avez changé de méthode. Vous évaluiez auparavant les comportements à l’aide de tests, de présentations de visage, de techniques d’imagerie. Aujourd’hui, vous avez recentré vos travaux sur l’électrophysiologie. Pourquoi ?
Ces électrodes posées pour la première fois directement sur le striatum ventral donnent une résolution spatiale et temporelle inouïes ! C’est un modèle unique pour étudier l’activité de cette zone. Grâce à la neuroimagerie et aux tests chez l’animal, nous la savions déjà impliquée dans les processus émotionnels, notamment dans le circuit de la récompense et du plaisir. Désormais, nous pourrons en tirer des conclusions sur son fonctionnement dans la dépression et dans le cerveau normal.

Concrètement, lorsqu’un patient est opéré dans l’un des centres participants, c’est l’électrophysiologiste de notre unité qui se rend au bloc opératoire. Il propose au patient d’écouter des voix chargées d’émotions. Ces sons ont été développés dans le laboratoire où j’effectue mon post-doctorat (NEAD, Neuroscience of Emotion and Affective Dynamics) sous la direction du Professeur Didier Grandjean à l’Université de Genève.
Ensuite, nous étudions l’activité électrophysiologique d’une partie précise du cerveau, le noyau accumbens, dans laquelle les électrodes sont implantées, en réponse à différentes intonations. Nous comparons par exemple le traitement neuronal de la joie avec celui de la colère.

Comment avancent vos recherches?

Nous avons recueilli des données sur quatre patients. Nous espérons en inclure 10. Mais les résultats préliminaires semblent confirmer nos hypothèses pour l’instant.

"(1) Protocole STOC, mené par le Dr Luc Mallet, Pitié Salpêtrière, 2008."

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