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Socio-Economie

Le prix du pain comme mesure de la stabilité urbaine

Katharina graf

Nationality German

Year of selection 2016

Institution Food Studies Centre Arts and Humanities School of Oriental and African Studies

Country United Kingdom

Risk Socio-Economie

Post-Doctoral Fellowship

2 years

130000 €

Le pain est souvent l’image qui s’impose lorsqu’on évoque le Printemps arabe. En effet, le lien entre la montée des prix du pain et les soulèvements politiques récents dans les pays arabes a été maintes fois mis en évidence dans des études universitaires et dans la presse. Mais pour l’instant, aucune recherche n’a encore abordé le rôle du pain dans la stabilité urbaine. En s’appuyant sur le contexte marocain qu’elle considère comme un exemple représentatif, le Dr Katharina Graf vise à combler cette lacune et à explorer comment le prix, la disponibilité, la qualité et la provenance du pain pita affectent la manière dont les citoyens perçoivent leur gouvernement. Cette étude s’intéressera plus particulièrement à ceux qui sont les plus touchés par l’insécurité alimentaire, c’est-à-dire les gens simples. L’objectif ultime est de mieux comprendre pourquoi et comment le pain représente une mesure valide des risques politiques et socio-économiques.

« Dans le cadre des recherches effectuées au Maroc pour mon doctorat, j’ai été frappée par l’importance du pain pour les marocains », nous confie le Dr Katharina Graf. « Le pain représente bien plus qu’une denrée de base pour eux ; il véhicule également des valeurs profondes. Il revêt une portée sociale avec des dimensions matérielles, religieuses, morales, économiques, mais aussi politiques. Dans un contexte où le gouvernement s’est historiquement positionné comme le pourvoyeur des denrées alimentaires, le prix du pain influe forcément sur l’opinion qu’ont les citoyens de leurs leaders politiques », explique-t-elle. « J’ai ainsi constaté que les marocains aux revenus les plus bas attendaient avant tout de leur gouvernement qu’il leur procure de la farine et du pain à bas coûts. » Au Maroc, comme dans d’autres pays arabes, le pain subventionné garantit non seulement la sécurité alimentaire, mais constitue aussi, d’un point de vue historique, le fondement du contrat social implicite passé entre l’état et les citoyens.

Études des discours et des pratiques quotidiennes autour de la préparation du pain

S’appuyant sur ces observations, le Dr Katharina Graf souhaite examiner en détail la relation qui existe entre l’état marocain et ses citoyens, comparable à celle qui lie le boulanger au consommateur. Adoptant une approche anthropologique et ethnographique, l’étude évaluera les discours et pratiques du quotidien autour de la préparation du pain, de la production agricole à la consommation. Notre chercheur mènera des entretiens et examinera la chaîne alimentaire du céréale au pain. « Je veux savoir comment des petits détails sont liés aux enjeux majeurs », résume-t-elle. « Lors de la préparation du pain, il existe un large choix de farines et de céréales, dont certaines sont des produits locaux et d’autres sont importées. Ce choix reflète une position politique et peut être un indicateur de l’opinion des gens simples en matière d’agriculture, de subventions à l’importation et à l'exportation. »

Même si le contexte marocain est sans nul doute unique, il existe de nombreuses similitudes avec leurs cousins arabes et beaucoup d’autres pays. À cet égard, la pertinence de l’étude du Dr Katharina Graf va bien au-delà du Maroc. Par ailleurs, ses recherches sur les spécificités de la culture marocaine autour de la consommation du pain nous permettront de mieux comprendre le rôle de l’alimentation sur la stabilité urbaine. « Toute la question autour de la pérennité de la production alimentaire est et continuera d’être un enjeu d’une extrême importance, tout particulièrement dans le contexte du changement climatique », observe-t-elle. Afin de rendre les conclusions de ses recherches accessibles au plus grand nombre, le Dr Katharina Graf envisage de recourir à des modes de dissémination innovants tels qu’une exposition photo à la Galerie Brunei à Londres, des interventions dans des clubs de poésie ou de théâtre, et même dans des cours de cuisine.