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Environnement

Chaire AXA sur les risques naturels

Kerry Edward sieh

Nationality American

Year of selection 2011

Institution Nanyang Technological University

Country Singapore

Risk Environnement

Chairs

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3000000 €

Vers un panorama complet des catastrophes naturelles en Asie du Sud-Est

C’est comme si Jakarta était construite sur des sables mouvants… Plusieurs lieux de la capitale indonésienne s’affaissent au rythme de 1 à 15 cm par an – et jusqu’à 28 à 30 cm/an dans certains endroits. Signalé depuis de nombreuses années, cet affaissement du sol est légitimement préoccupant, sachant que la ville compte environ 10 millions d’habitants sur une superficie aujourd’hui proche de 660 km2. Ce phénomène, étudié par le professeur Abindin Hasannuddin (Bandung, Java), est étroitement lié aux activités de développement urbain à Jakarta, et s’explique par les prélèvements d’eaux souterraines, la charge des constructions, la consolidation naturelle des sols alluviaux ainsi que la subsidence tectonique.
L’affaissement du sol génère évidemment des problèmes environnementaux, et modifie les plans et les processus d’aménagement urbain. Avec l’explosion de la population humaine des six dernières décennies, une part considérable (pourcentage à deux chiffres) des 7 milliards d’humains de la planète sont soumis à des risques de catastrophes naturelles. Les victimes du grand tsunami de 2004 en sont un exemple notable ; sur les 350 000 habitants de Banda Aceh, la capitale de la province d’Aceh au nord de Sumatra, environ 90 000 ont péri. Si l’événement avait eu lieu un siècle plus tôt exactement, les pertes se seraient comptées en centaines ou en milliers de personnes, car la ville totalisait alors seulement quelques milliers d’habitants.
Un autre aspect important du problème des catastrophes naturelles est que de très longues périodes séparent les grands séismes, tsunamis et éruptions volcaniques de la région, si bien que les victimes potentielles et les cultures sont bercées d’un sentiment de sécurité illusoire. Kerry Sieh et ses étudiants ont ainsi découvert que le prédécesseur immédiat du tsunami de 2004 remontait à plus de cinq siècles, suffisamment longtemps pour disparaître complètement de la mémoire collective d’Aceh. Il n’est pas rare que des intervalles aussi importants séparent les événements cataclysmiques. Finalement, et tragiquement, même les scientifiques n’avaient pas anticipé la catastrophe de 2004 : aucun d’eux n’avait étudié les événements précédents dans les archives historiques et géologiques, sans parler d’attirer l’attention des populations exposées sur ces risques. Kerry Sieh reconnaît d’ailleurs que ces questions scientifiques n’ont pas encore été explorées en détail en Asie du Sud-Est.
Sans le savoir, les villes du Sud-Est asiatique s’étalent sur des plaines littorales menacées par les tsunamis, de puissantes marées de tempête et l’élévation du niveau de la mer. Les chaînes de volcans actifs dont l’arc traverse l’Asie constituent autant de périls en sommeil pour la région, et parfois pour le monde entier. En 1815, l’éruption du volcan Tambora, à l’est de Bali, a par exemple été bien plus importante que la tristement célèbre éruption du Krakatau de 1883, et a provoqué des famines en Amérique du Nord et en Europe. Même des éruptions plus modestes peuvent avoir des effets importants au niveau régional ou international, comme les éruptions islandaises de 2010. Le changement climatique et l’élévation du niveau de la mer auront également de lourdes retombées en Asie du Sud-Est. Étant donné le nombre d’habitants installés sur les côtes et l’ampleur des deltas, chaque petite élévation du niveau de la mer fait courir des risques importants à beaucoup de pays. Les modifications de la température, des précipitations et de l’acidité des océans menacent les secteurs reposant sur l’agriculture, les ressources marines et le bois, qui représentent une bonne partie du PIB de la région. Cependant, la plupart de ces aléas sont aujourd'hui méconnus sur le plan scientifique.

L’Earth Observatory of Singapore (EOS), dirigé par Kerry Sieh, s’emploie à promouvoir la recherche géophysique dans trois grands domaines : mieux comprendre les failles sismiques, mieux connaître le fonctionnement interne des volcans actifs et cerner le changement climatique, en particulier prévoir l’élévation du niveau de la mer et perfectionner le suivi des variables climatiques. Pour comprendre les tremblements de terre, Kerry Sieh plonge son regard des centaines ou des milliers d’années en arrière. Ses premiers travaux ont permis de découvrir la fréquence des séismes générés par la faille de San Andreas au sud de la Californie, ouvrant ainsi le champ de la paléosismologie ; ce sous-domaine des sciences de la Terre étudie les couches géologiques et le modelé du relief pour comprendre les failles géologiques à l’origine de séismes importants.
Le scientifique a ainsi constaté que les tremblements de terre provoqués par la faille de San Andreas avaient lieu de façon irrégulière (entre 50 et 300 ans d’écart) sans pouvoir l’expliquer avec certitude, à cause du manque de précision de la datation au carbone 14. Il a donc commencé ses activités à Sumatra, où la méthode U-Th lui a permis de dater précisément les coraux et de mesurer la déformation. Ses recherches sur le méga-chevauchement de Sunda, une immense faille sous-marine qui s’étend sous l’île de Sumatra, ont révélé les marques d’une rupture ancienne et de contraintes actuelles, permettant de prévoir avec succès plusieurs grands séismes sur cette zone. Toujours en cours, ces travaux suggèrent également que ce méga-chevauchement s’apprête à causer un autre tremblement de terre géant à l’ouest de Sumatra d’ici 30 ans.
Kerry Sieh fait partie de l’Académie nationale des sciences des États-Unis, un des plus grands honneurs qui puissent être accordés à un scientifique américain. Il a également été élu membre des deux principales organisations professionnelles américaines en matière de sciences de la Terre, la Geological Society of America et l’American Geophysical Union. Grâce à la dotation d’AXA, la Nanyang Technological University a créé la Chaire AXA - NTU sur les catastrophes naturelles à l’EOS, dont le professeur Sieh est le premier responsable. Ces fonds permettront à l’un des cinq centres de recherche d’excellence de Singapour de devenir un pilier solide des sciences de la Terre, et de diffuser ses activités dans la région en créant des programmes de recherches pluridisciplinaires. Il s’agit d’établir des connexions transversales entre l’évaluation et la gestion des risques, les facettes politiques, économiques et éducatives des catastrophes naturelles et du changement climatique, tout en consolidant les capacités de recherche intégrée par le biais de mandats conjoints avec d’autres organes de recherche de la NTU.

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