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Environnement

La tarification du carbone : un instrument de lutte contre le changement climatique ?

Marco springmann

Nationality German

Year of selection 2010

Institution University of Oldenburg

Country Germany

Risk Environnement

Ph.D

3 years

120000 €

Tarifs douaniers sur le carbone : une autre face du protectionnisme vert ?

Les tarifs douaniers sur le carbone sont une taxe sur les importations à forte intensité carbonique, et ont récemment déclenché des débats houleux à l’échelle internationale. Certains pays industrialisés militent pour l’adoption de ces tarifs pour les produits importés des pays en développement, comme la Chine.
D’après Marco Springmann, un physicien converti à l’économie, c’est principalement parce que les pays riches ont mis en place des objectifs contraignants de réduction des émissions de gaz à effet de serre, tandis que les pays pauvres ont jusqu’à présent refusé tout engagement juridique. En outre, comme beaucoup de ces derniers ne tarifient tout simplement pas le carbone, ils peuvent produire des biens à forte intensité carbonique moins chers. Les partisans des tarifs douaniers sur le carbone estiment que taxer ces biens aux frontières est un moyen d’inclure cette différence dans les prix et de réguler indirectement les émissions associées.
Cependant, près d’un quart des émissions de CO2 de la Chine sont générées par la production destinée à l’exportation. C’est pourquoi ce pays et d’autres considèrent les tarifs douaniers sur le carbone comme des sanctions commerciales et du protectionnisme. Ils ont même menacé d’entamer une « guerre commerciale » si ces dispositifs devaient être mis en place. Ces États soulignent le rôle des émissions de CO2 dans l’industrialisation des économies développées, et exigent un soutien financier accru pour limiter les leurs.
Afin d’éviter cette guerre du carbone imminente, Marco Springmann propose de recycler les revenus fiscaux de ces tarifs (perçus dans le pays importateur) dans le pays exportateur sous forme d’investissements au profit de mesures d’atténuation et d’adaptation au changement climatique. Ce couplage répond aux préoccupations exprimées par certains États sur la compétitivité et la baisse des émissions, mais aussi aux craintes relatives au développement économique soulevées ailleurs. Dans la mesure où elle reconnaît la demande d’importations comme un moteur des émissions de CO2, cette solution représente un consensus qui s’inscrit dans une politique climatique globale. Selon le chercheur, une évaluation préliminaire indique que les revenus de ce dispositif pourront totaliser entre 8 et 50 milliards de dollars par an, en fonction du tarif imposé.
À titre de comparaison, les participants au Sommet de Copenhague sur le climat de 2009 se sont accordés sur la création d’un « financement à mise en oeuvre rapide » pour soutenir l’adaptation climatique et les technologies propres dans les pays en développement. La contribution promise s’élevait à 30 milliards de dollars pour les trois prochaines années. Les tarifs douaniers sur le carbone constitueraient un apport de capitaux important pour soutenir cet effort.
Mes recherches portent sur le partage et l’analyse quantitative des politiques du climat. Je propose notamment de coupler les droits de douane fondés sur le carbone avec les financements pour le développement propre du pays ou de la région exportatrice. Dans mon approche, les émissions de carbone sont abordées sous l’angle de la consommation afin de susciter un consensus entre les pays développés et les pays en développement. L’arsenal de mesures proposé doit être évalué aux échelons mondial, national et régional en fonction des flux financiers destinés au développement propre et de la réduction éventuelle des émissions de CO2. Les études de cas nationales et régionales se concentrent sur la Chine car il s’agit du premier émetteur mondial de dioxyde de carbone, d’une grande nation commerciale et de la plus critique à l’égard des droits de douane.

FINANCER LE DÉVELOPPEMENT PROPRE GRÂCE AUX TARIFS DOUANIERS SUR LE CARBONE

Marco Springmann, AXA PhD Fellow
German Institute of Economic Research (DIW), Berlin

Marco Springmann est un physicien converti à l’économie. Il décroche un premier master à l’Université Stony Brook (États-Unis) grâce à ses travaux sur la modélisation des processus atmosphériques. Il obtient ensuite un second master en économie écologique à l’Université de Leeds (Royaume-Uni). « Les principaux aspects scientifiques du changement climatique sont bien connus et les chercheurs pressent la société d’agir. Aujourd'hui, les vrais problèmes sont donc les obstacles économiques et politiques», déclare Marco Springmann. Pour abattre certaines de ces barrières, on a proposé d’introduire des tarifs douaniers sur le carbone, c’est-à-dire une taxe frappant les importations à forte intensité carbonique, ce qui a déclenché des débats houleux à l’échelle internationale ces dernières années. Ces tarifs sont au centre des travaux du jeune scientifique dans le cadre de son doctorat, qui doit débuter cette année à l’Institut allemand pour la recherche économique à Berlin.

Un nouveau type de taxe, comme les tarifs douaniers sur le carbone, est-il nécessaire ?
Aujourd’hui, la réponse à cette question dépend de l’interlocuteur. Les pays industrialisés, en particulier la France et l’Italie, militent pour l’adoption de tels tarifs sur les produits importés de pays en développement comme la Chine. En effet, les États membres de l’Union européenne et d’autres pays riches ont mis en place des objectifs contraignants de réduction des émissions de gaz à effet de serre (en particulier le dioxyde de carbone), tandis que les pays pauvres ont jusqu’à présent refusé tout engagement juridique. Un objectif de diminution des émissions de gaz à effet de serre débouche explicitement ou implicitement sur une tarification du carbone.

Dans l’Union européenne, le prix du carbone est fixé par une approche fondée sur les marchés dans le cadre d’un dispositif d’échange de droits d’émissions. Ce système définit un plafond du total des émissions de CO2 correspondant à des niveaux de réduction spécifiques, et les entreprises peuvent acheter ou vendre des droits d’émission. Cependant, des mesures économiques similaires font défaut dans les pays en développement, ce qui leur permet de produire à moindre coût des biens à forte intensité carbonique. Les partisans des tarifs douaniers sur le carbone estiment que taxer ces biens aux frontières est un moyen d’intégrer cette différence dans les prix et de réguler indirectement les émissions associées. Il s’agit là de compenser le handicap concurrentiel des produits nationaux et de prévenir la délocalisation des industries vers les États où il n’existe pas de réglementation en la matière.

Quels sont les obstacles politiques aux tarifs douaniers sur le carbone ?

Près d’un quart des émissions de CO2 de la Chine sont générées par ses exportations (voir la carte page précédente). C’est pourquoi ce pays et d’autres considèrent les tarifs douaniers sur le carbone comme des sanctions commerciales et du protectionnisme. Ils ont même menacé d’entamer une « guerre commerciale » si ces dispositifs devaient être mis en place. Ces États soulignent le rôle des émissions de CO2 au cours de l’industrialisation des économies développées, et exigent un soutien financier accru pour limiter les leurs.

Comment dénouez-vous ce litige dans vos recherches ?

Je propose d’utiliser les tarifs douaniers sur le carbone pour financer le développement propre. Mon idée consiste à recycler les revenus fiscaux de ces tarifs (perçus dans le pays importateur) dans le pays exportateur sous forme d’investissements au profit de mesures d’atténuation et d’adaptation au changement climatique (voir schéma ci-dessous). Ce couplage répond aux préoccupations exprimées par certains États sur la compétitivité et la baisse des émissions, mais aussi aux craintes relatives au développement économique soulevées ailleurs. Il s’agit donc d’une solution consensuelle inscrite dans une politique climatique globale.

Quels revenus espérer du dispositif que vous proposez ?
Une évaluation préliminaire les chiffre entre 8 et 50 milliards de dollars par an, en fonction du prix du carbone. (Le prix actuellement en vigueur dans le système communautaire d’échange de droits d’émission tourne autour de 10 dollars par tonne d’équivalent CO2, mais pourrait grimper à 60 dollars par tonne s’il était fixé conformément au coût réel du carbone pour la société.) À titre de comparaison, les fonds nécessaires à l’adaptation des pays pauvres face au changement climatique sont estimés entre 4 et 109 milliards de dollars par an. Les participants au Sommet de Copenhague sur le climat de 2009 se sont accordés sur la création d’un « financement à mise en oeuvre rapide » pour soutenir l’adaptation climatique et les technologies propres dans les pays en développement. La contribution promise s’élève à 30 milliards de dollars pour les trois prochaines années. Les tarifs douaniers sur le carbone constitueraient un flux de capitaux important pour soutenir cet effort.

Sur quoi porte votre thèse, plus précisément ?

Je compte renforcer encore ces conclusions et analyser plus en détail la réduction d’émissions de carbone que l’on pourrait atteindre à l’échelle mondiale, mais aussi nationale et régionale. J’étudierai en particulier les conséquences sur la Chine, pour voir si son opposition aux tarifs douaniers sur le carbone se défend encore avec le dispositif couplé que je propose.

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