Santé

Chaire AXA en Oncologie moléculaire

Mariano barbacid

Nationality Spanish

Year of selection 2010

Institution CNIO

Country Spain

Risk Santé

Chairs

undefined year

2000000 €

Repérer les prémices d’un cancer

En permanence, toutes les cellules de notre corps reçoivent et émettent des signaux qui leur permettent de communiquer et de répondre conformément aux changements de leur environnement. Les signaux externes déclenchent des réactions en chaîne appelées « voies de transduction », qui forment des réseaux complexes régulés ; cette signalisation met en scène un ballet subtil et très élaboré entre diverses protéines en interaction. Quelques gènes et signaux jouent un rôle crucial dans les mécanismes gouvernant la prolifération, la différenciation et la mort des cellules. Une cellule devient maligne quand, du fait de mutations dans certains gènes clés, elle reçoit des signaux aberrants qui entraînent un déséquilibre entre ces trois processus. La division incontrôlée d’une cellule maligne donne alors naissance à une tumeur. Le cancer est donc une pathologie de la signalisation et de la communication cellulaires.
Malgré les efforts considérables consacrés à la recherche, le cancer est de plus en plus fréquent. En 2005, près de sept millions de personnes en sont mortes, pour l’essentiel parmi les plus âgés. On estime qu’en 2020, ce chiffre dépassera les 10 millions. Les traitements sont relativement peu efficaces et n’ont pas connu d’avancée marquante depuis des dizaines d’années, ce qui s’explique notamment par la haute complexité des mécanismes de la maladie et par la plasticité des cellules cancéreuses, qui leur permet de devenir résistantes aux médicaments. Pour découvrir de nouveaux traitements, une recherche résolument innovante s’impose. C’est exactement ce à quoi aspire la nouvelle chaire permanente AXA, dirigée par le professeur Mariano Barbacid. Ce scientifique est reconnu dans le monde entier pour ses recherches à la pointe de l’oncologie. En 1982, il figure parmi les pionniers qui identifient et isolent le premier « oncogène » humain, c’est-à-dire un gène qui provoque le cancer. Cet oncogène appelé H-Ras appartient à la famille des Ras, impliquée dans bon nombre de cancers, ce qui en fait un facteur majeur dans le développement de ces pathologies chez l’homme. Cette découverte a révélé la nature génétique de la maladie, provoquée par des mutations de gènes clés.
La plupart des cancers se développent sans être détectés pendant 90 à 95 % de leur existence, et leur diagnostic intervient généralement à des stades avancés, lorsque les tumeurs ont tellement muté qu’il est trop tard pour cerner leur(s) mécanisme(s) de formation. Il est donc extrêmement important de comprendre les toutes premières étapes de l’apparition d’une tumeur afin de construire des approches rationnelles capables d’entraver sa progression. À cette fin, nous avons besoin d’élaborer des modèles tumoraux expérimentaux d’origine mammalienne qui reproduisent le processus naturel du cancer chez l’homme. Le professeur Barbacid jouit d’une expérience considérable en la matière.

À la recherche de cibles naturelles pour les médicaments

Le projet s’intéressera particulièrement à un autre membre de la famille des Ras, l’oncogène K-Ras, dont la forme mutée apparaît dans un quart des tumeurs humaines, notamment dans les carcinomes pulmonaires, colorectaux et pancréatiques, associés aux pires taux de survie.
Dans un premier temps, les chercheurs essayeront d’identifier les protéines essentielles à la formation d’une tumeur médiée par K-Ras. Cela passe par le développement de modèles murins génétiquement modifiés reproduisant fidèlement des lésions malignes indiscernables de lésions produites chez l’homme. Avec ces modèles, leur idée est de déterminer le taux de survie et l’apparition de tumeurs en présence ou non de protéines a priori impliquées dans les voies de transduction du signal du gène Ras. Si l’absence d’une protéine se traduit par l’inhibition du développement tumoral, on pourra supposer qu’elle est nécessaire au fonctionnement de K-Ras, et elle sera éventuellement la cible d’un médicament. Ces approches expérimentales originales et intelligemment construites permettront de classer toutes les protéines en aval qui sont impliquées dans l’apparition des cancers colorectaux et pancréatiques ainsi que dans les cancers du poumon, notamment liés au tabagisme.
Leur objectif final est d’établir de nouvelles stratégies thérapeutiques capables d’inhiber la formation des tumeurs. Les protéines que l’on sait associées à ce processus seront alors ciblées par des approches pharmacologiques. Il s’agit d’ouvrir la voie à une nouvelle génération de petites molécules qui puissent inhiber ces protéines et offrir le meilleur résultat thérapeutique tout en présentant une toxicité moindre.
Mariano Barbacid a mené l’essentiel de ses recherches pionnières aux États-Unis. En 1998, il retourne en Espagne où il crée un nouvel institut, le Centro Nacional de Investigacion Oncologicas (CNIO), situé à Madrid. Ce centre se hisse rapidement au premier rang des instituts de recherche en cancérologie d’Europe, et même du monde. Le CNIO est l’un des organismes scientifiques les plus productifs de la planète dans la recherche biomédicale. Il figure en outre parmi les rares institutions cancérologiques européennes qui intègrent les recherches fondamentales et appliquées, le criblage des médicaments et les programmes de recherche clinique. Très peu de laboratoires au monde ont la capacité de mener à bien un projet aussi ambitieux, avec à la clé la magnifique possibilité de découvrir des traitements innovants contre le cancer.

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