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Santé

Mortalité maternelle : vers un diagnostic simple et systématique des troubles hémorragiques

Michelle lavin

Nationality Irish

Year of selection 2018

Institution Irish Centre for Vascular Biology

Country Ireland

Risk Santé

Post-Doctoral Fellowship

2 years

125000 €

Date de démarrage du projet: 01/07/2019

Selon la définition de l’Organisation Mondiale de la Santé, une hémorragie du post-partum (HPP) désigne une perte de sang de 500 ml ou plus à la suite d’un accouchement. Cette pathologie affecte 1 femme sur 20 dans le cas de naissances vivantes. Elle constitue la principale cause directe de mortalité maternelle dans le monde, étant responsable de presque un tiers des décès. Un grand nombre de ces décès pourraient être évité par une prise en charge rapide et adaptée, rendue possible par une évaluation prénatale des risques de ce type d’hémorragie. « Le problème, c’est que près de 30% des hémorragies du post-partum sont inexpliqués et surviennent chez des femmes présumées à faible risque», rapporte le Docteur Michelle Lavin, hématologue au Royal College of Surgeons, à Dublin, en Irlande. Selon elle, l’une des explications principales se trouve dans la méconnaissance du rôle joué par les troubles de la coagulation. « Une étude menée sur des femmes atteintes de ces troubles a montré des taux de HPP nettement supérieurs comparés aux sujets témoins (40% contre 5%). Malgré ces résultats, et une disposition élevée aux troubles héréditaires de la coagulation dans la population (jusqu’à 2%), l’obstétrique de pointe, dans sa pratique courante, ne prévoit pas de dépistage prénatal », rapporte la chercheuse. Pour y remédier, le Dr Lavin pilote un projet de recherche visant à déterminer si le risque de faire une hémorragie du post-partum peut être anticipé grâce à des outils d’évaluation prénatale des risques de saignement. L’objectif à long terme est d’encourager l’adoption de cette forme de dépistage simple dans les soins obstétriques de routine, afin de réduire, à terme, le nombre de décès dans le monde.

Le diagnostic des troubles héréditaires de la coagulation, ou troubles hémorragiques, est un défi bien connu. Le développement d’outils d’évaluation des risques de saignement, sous la forme de questionnaires, a contribué à le relever. Ceux-ci consistent à collecter des données sur la présence et la gravité d’une multitudes de symptômes afin de générer un score de coagulation (SC) permettant de détecter un trouble héréditaire probable chez un patient. « Un taux réduit en facteur von Willebrand, le plus commun de ces troubles hémorragiques, peut être trouvé chez près d’une femme sur 100, mais la majorité des cas demeurent non diagnostiqués. Même si des saignements importants ont souvent lieu chez ces personnes, à travers des règles abondantes, par exemple, la plupart des femmes ne considèrent pas cela comme anormal, et n’en parlent donc pas à leur médecin. Il en résulte que, lorsque ces femmes arrivent au centre de soins obstétriques d’urgence, elles sont traitées comme des grossesses à risque faible, alors qu’elles ont de fortes probabilités de saignements ». Car, « les hémorragies du post-partum peuvent être traitées de manière efficace si elles sont détectées tôt, souligne la chercheuse. Mais quand les femmes ne sont pas considérées comme étant à haut risque, l’HPP peut ne pas être décelée avant qu’une perte substantielle de sang n’ait eu lieu, et il peut alors être trop tard. Notamment, on a récemment démontré que l’administration tardive d’acide tranexamique – un remède permettant une réduction significative de la morbidité et de la mortalité dues aux HPP –, réduisait grandement son efficacité thérapeutique, avec une baisse de 10% des bénéfices en termes de survie pour tout retard de 15 minutes ».

Identifier les femmes à risque afin d’accroître la vigilance au moment de l’accouchement

Une stratégie consiste donc à améliorer la stratification prénatale des risques, de sorte qu’une surveillance accrue des patientes qui en ont besoin puisse être mise en place. Les outils d’évaluation actuellement utilisés pour évaluer le risque de HPP se concentrent essentiellement sur l’âge maternel, et les risques obstétriques tels que le nombre de grossesses préalables, la position du placenta, et les complications ayant eu lieu pendant la grossesse. « En observant les scores de coagulation (SC), nous essayons de réfléchir plus largement à d’autres facteurs éventuels », explique le Dr Lavin. L’hypothèse que teste le projet est celle selon laquelle un score de coagulation anormal constitue un outil efficace d’identification et de classification des femmes les plus susceptibles de faire une HPP. Pour le prouver, elle et son équipe ont prévu de suivre un groupe de femmes enceintes durant toute leur grossesse, jusqu’à l’accouchement, et de collecter des données sur le lien entre leur score de coagulation, la survenance d’une hémorragie du post-partum et leurs troubles héréditaires de la coagulation. Les résultats obtenus seront, par la suite, disséminés aussi largement que possible par l'intermédiaire de publications scientifiques, mais également par une participation à des conférences internationales spécialisées, notamment celle de l’International Society on Thrombosis and Haemostasis (ISTH). Le Dr Michelle Lavin a, en effet, été récemment nommée co-présidente de leur sous-comité scientifique sur la maladie de von Willebrand.

« Dans le domaine de la recherche médicale, la santé des femmes, et particulière la santé obstétrique, ont longtemps été négligées. Quand il s’agit de parler des pertes de sang spécifiques aux femmes, comme les règles abondantes ou les saignements durant l’accouchement, des tabous perdurent et les femmes peuvent être réticentes à en parler. Ce silence cache un problème majeur à l’échelle mondiale, celui des 14 millions de femmes qui font une hémorragie du post-partum chaque année. Il est urgent et indispensable de réfléchir à de nouvelles approches pour tenter d’apporter des réponses à ce problème. »