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Santé

Améliorer la santé des mères : mieux soigner les douleurs lombaires liées à la grossesse

Nina goossens

Nationality Belgian

Year of selection 2018

Institution Hasselt University

Country Belgium

Risk Santé

Post-Doctoral Fellowship

2 years

125000 €

Démarrage du projet: 01/09/2019

Les douleurs lombaires sont une des causes principales de handicap physique dans le monde. Tous les pays et toutes les cultures sont concernés, et les femmes sont plus susceptibles d’en souffrir que les hommes. À ce déséquilibre entre les genres, s’ajoutent également les douleurs lombaires liées à la grossesse .En effet, durant cette période, le corps des femmes connaît d'importantes transformations, induites par des processus aussi bien hormonaux que biomécaniques. Ces changements apportent leur lot de symptômes, parmi lesquels les douleurs lombaires, et qui peuvent être à l’origine de désagréments très importants. « Jusqu’à 86% des femmes enceintes développent des douleurs lombaires liées à la grossesse; 10% d’entre elles souffrent de séquelles graves pouvant persister plusieurs années après l’accouchement», rapporte le Docteur Nina Goossens, lauréate AXA à la Faculté des Sciences de laRéadaptation de l’Université de Hasselt, en Belgique. « Cependant, comme pour le mal de dos en général, les causes exactes des douleurs lombaires liées à la grossesse restent très mal connues». Pour apporter un regard nouveau sur les mécanismes sous-jacents à l’œuvre, le Dr. Goossens et son équipe étudient le rôle de divers facteurs, d’origines biologique, psychologique et sociale, et leurs interactions. Les chercheurs s’intéressent tout particulièrement au rôle de la proprioception, un terme qui désigne notre capacité à jauger la position, le mouvement et l’équilibre de notre corps dans l’espace. Plus précisément, le projet se base sur l'idée que des changements dans la proprioception, liés notamment au contrôle postural (aptitude à maintenir notreéquilibre), ainsi qu'à la perception que nous avons de notre corps et à la peur du mouvement, contribuent, chez les femmes, au développement de douleurs lombaires persistantes au cours de la grossesse et après l’accouchement. L’objectif est d’identifier des facteurs prédictifs, afin de mettre au point ou d’améliorer des stratégies préventives et curatives.

Pour expliquer la logique de cette démarche novatrice, le Dr. Nina Goossens rapporte « que des modifications du contrôle postural ont souvent été observées chez des patientes souffrant de douleurs lombaires non spécifiques à la grossesse ». Elle fait également remarquer que « les femmes souffrant de douleurs lombaires post-partum persistantes présentent fréquemment une perturbation dans la perception de leur propre corps, ainsi qu'une peur de bouger ». Toutefois, « les altérations de la proprioception, qui joue un rôle primordial dans le contrôle du corps et la perception du corps, et leur lien avec les douleurs lombaires liées à la grossesse n'ont fait l'objet d'aucune étude pendant et après la grossesse ». Revenant plus en détail sur la proprioception, et sur son rôle, le Dr. Goossens poursuit : « Afin de maintenir un contrôle corporel optimal, les fonctions proprioceptives de différentes parties du corps sont nécessaires. Elles signalent les changements dans la position et les mouvements du corps, et sont traitées de manière centrale, dans le cerveau, en association avec des signaux visuels et de l’oreille interne, pour générer une action motrice corrective. Selon l'état postural, le cerveau identifiera et augmentera son recours aux fonctions proprioceptives les plus pertinentes, tout en réduisant le rôle des fonctions moins fiables. Cependant, de nombreuses études menées par notre groupe de recherche ont montré que les individus qui souffrent de douleurs lombaires, indépendamment de la grossesse, présentent une perturbation dans l’utilisation de la proprioception lors du contrôle postural. Plus précisément, ils se reposent de manière prédominante sur les fonctions proprioceptives de la cheville, probablement en vue de compenser des déficiences observées dans la proprioception lombaire dans cette population. Il convient de noter que ce recours prépondérant à la proprioception des chevilles est un facteur de risque potentiel dans le développement et la récurrence des douleurs lombaires. Et pourtant, là encore, aucune étude ne s’est penchée sur la question de savoir si les femmes présentent un usage altéré de la proprioception lors du contrôle postural pendant ou après la grossesse, ni n’a déterminé si cela est lié au développement de douleurs lombaires persistantes ».

Étudier les interactions dynamiques entre les facteurs biologiques, psychologiques et sociaux

Afin d’y remédier, le Dr. Nina Goossens et son équipe vont mener une étude longitudinale, en suivant un échantillon de femmes du premier trimestre de leur grossesse jusqu'à 6 mois après leur accouchement. À 5 reprises au cours de cette période, les participantes rempliront des questionnaires et suivront des examens physio thérapeutiques. L'objectif sera de collecter des données sur les variables biologiques telles que le balancement postural ou le recours à la proprioception en position debout, mais aussi sur des facteurs psychologiques et sociétaux. En effet, « des données récentes indiquent que les douleurs lombaires, liées ou non à la grossesse, sont le résultat d’une interaction dynamique entre des facteurs biologiques, psychologiques et sociaux. Des recherches antérieures ont montré que les caractéristiques psychologiques, telles que la kinésiophobie (peur du mouvement), la dramatisation de la douleur, ou encore les préjugés quant à la manière d’éviter la douleur ont un effet négatif sur les douleurs lombaires liées à la grossesse ». Les résultats seront ensuite traduits en termes statistiques afin d’identifier les facteurs prédictifs. Plus simplement, « à chaque fois que de nouvelles données seront collectées, les participantes seront divisées entre celles qui présentent des douleurs, et celles qui n’en présentent pas. Puis des corrélations pertinentes seront recherchées entre les variables collectées, afin de mettre en lumière les facteurs prédictifs du développement de douleurs lombaires. Le sujet de mon doctorat était d’ordre assez fondamental. Plus précisément, j’étudiais le lien qui existe entre les douleurs lombaires et le cerveau. Dans mon projet actuel, je veux revenir à quelque chose de plus clinique, quelque chose qui corresponde mieux à mon diplôme en physiothérapie ».

En raison des douleurs et du handicap qu’elles causent aux femmes, les douleurs lombaires liées à la grossesse ont des conséquences socio-économiques considérables. Ce trouble impacte notamment les dépenses de santé, l’absentéisme au travail ainsi que l’employabilité sur le long terme. Compte tenu de l’augmentation critique de leur prévalence à l’échelle mondiale au cours des dernières décennies, des travaux de recherche sur les facteurs sous-jacents au phénomène sont urgemment nécessaires. En ce sens, l’approche innovante du Dr. Nina Goossens, combinant l’étude de facteurs biologiques, psychologiques et sociaux, promet d’apporter un éclairage nouveau sur les variables jouant un rôle décisif. En se concentrant sur les douleurs lombaires liées à la grossesse, et non sur les douleurs lombaires en général, la chercheuse répond également aux besoins de santé spécifiques aux femmes. « De nombreuses femmes se résignent à endurer les douleurs lombaires, parce qu’elles pensent que cela fait naturellement partie de la grossesse. Ce n’est pas le cas, et il existe des stratégies qui peuvent être mises en place afin d’en atténuer la fréquence et la douleur».