Bannière Cookies

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites.

Santé

Guider les Ghanéennes souffrant de surpoids ou d’obésité vers des pratiques culinaires plus saines

Hibbah osei kwasi

Nationality Ghanaian

Year of selection 2018

Institution University of Sheffield

Country United Kingdom

Risk Santé

Post-Doctoral Fellowship

2 years

125000 €

Date de démarrage du projet: 01/11/2019

La "malbouffe" n'est pas le seul facteur qui contribue à l'obésité. La cuisine traditionnelle, saine en apparence, peut également contenir trop de calories et de gras et, donc, être à l’origine de maladies graves, telles que diabète de type 2, cancer et hypertension. Selon des résultats issus de précédentes recherches, cela serait dû à la façon dont les aliments sont préparés et cuisinés. Le régime ghanéen que conservent les femmes immigrées vivant au Royaume-Uni semble bien illustrer ce problème. En effet, en dépit du fait qu'elles n'adoptent pas un régime occidental, ces femmes présentent une disposition anormalement élevée à l'obésité et aux maladies qui y sont liées. « Il existe de nombreuses recherches consacrées aux effets d’une mauvaise alimentation et l’adoption de régimes locaux sur le surpoids et l'obésité chez les femmes immigrées. Mais on sait très peu de choses sur la relation entre les pratiques culinaires et le surpoids ou l'obésité chez ces femmes. On part du principe que les habitudes alimentaires des immigrants sont saines, et qu'elles se détériorent lorsqu’ils adoptent des régimes plus “occidentalisés”. Mais est-ce vraiment le cas pour tous les immigrés ? » se demande le Dr. Hibbah Osei-Kwasi. Avec le soutien d'AXA, cette chercheuse postdoctorale à l'Université de Sheffield (Royaume -Uni), souhaite répondre à cette question en enquêtant dans les cuisines des ghanéennes vivant au Royaume-Uni et au Ghana. L'objectif du projet est de poser les bases de premières mesures d’éducation nutritionnelles qui soient spécifiquement adaptées à cette communauté, en s’appuyant sur des canaux tels que la presse en ligne ou les réseaux sociaux.

« Je suis venue pour la première fois au Royaume-Uni en 2003, raconte la chercheuse. J’étais très intéressée par le comportement alimentaire des gens et les problèmes liés à l’alimentation, sans doute parce que je faisais alors des études en nutrition. Je n’ai pu m’empêcher de remarquer que nombre de femmes africaines vivant ici, y compris dans ma famille et parmi mes amis proches, semblaient être en surpoids ou obèses. Leur santé m’inquiétait, et j’ai donc commencé à chercher des solutions. C’est là que j’ai réalisé qu’aucune recherche n’avait été menée sur le sujet. En tant que chercheuse, j’ai ressenti le devoir d’agir. » Elle-même ghanéenne, Hibbah Osei Kwasi décide alors de consacrer son doctorat à l’étude des comportements alimentaires des immigrés venant de son pays. « Ces recherches ont révélé qu’ils maintenaient un régime traditionnel, et qu’ils percevaient leurs habitudes alimentaires traditionnelles comme saines, les dissociant des problèmes de surpoids ou d’obésité.» Pour son projet actuel, la nutritionniste veut aller encore plus loin. Son nouvel objectif est de comprendre pourquoi les ghanéennes cuisinent comme elles le font, et comment. « J’ai l’intention d’aller les observer chez elles, pas simplement de leur poser des questions. Je vais les regarder cuisiner, voir quels ingrédients elles utilisent, quelle quantité de sel elles ajoutent, quelle quantité de gras, d’huile, d’épices, quel type d’épices, combien de temps elles les font cuire… Mais ce n’est pas tout, je veux également comprendre pourquoi elles cuisinent de cette façon. Je vais, donc, leur demander comment elles perçoivent le régime ghanéen traditionnel, pourquoi elles pensent qu’il est sain, et si elles seraient prêtes à adopter des habitudes culinaires différentes et plus saines », explique-t-elle. « Je vais également me servir de données existantes afin d’examiner l’impact des différentes recettes et des méthodes de cuisson qu’elles utilisent sur la charge glycémique (CG) des plats ghanéens, ajoute-t-elle ». La CG permet d'estimer l'augmentation du taux de glucose dans le sang que provoque l’ingestion d’un aliment, ou d’un plat.

Dans les coulisses des cuisines des femmes ghanéennes

Plutôt que de fonder ses recherches sur des comportements rapportés, comme c'est le cas pour la plupart des études nutritionnelles, la chercheuse et son équipe vont directement observer les méthodes de préparation de la nourriture à la maison. Quand il ne leur sera pas possible de se rendre sur place, les chercheurs auront recours notamment à des entretiens « photovoice », méthode qui utilise la photographie afin d’avoir accès à des pratiques autrement du domaine privé. Ils ont également l’intention  d’étudier des données secondaires, telles que des vidéos Youtube de recettes traditionnelles comme  le riz Jollof, le foufou et la soupe de noix de palme. Un modèle de réceptivité des communautés sera par ailleurs utilisé afin d’évaluer si les ghanéennes sont prêtes à changer leurs habitudes alimentaires. « Toutes ces informations nous aideront à mieux comprendre ce sur quoi nous concentrer et comment formuler des interventions culturellement ciblées visant à améliorer leur régime, tant en termes de santé que de viabilité. » De plus, les connaissances acquises à l’issue de cette étude aideront à identifier certaines pratiques à risque pour les intoxications alimentaires, autre source importante de maladies, particulièrement dans les pays du sud. Les conclusions seront disséminées aussi bien au Ghana qu’au Royaume-Uni par le biais de publications dans les médias, ainsi qu'à travers l’organisation d’ateliers d’échanges dans les communautés ghanéennes.

En examinant ce qui se passe à l’intérieur des foyers ghanéens, le projet du Dr. Hibbah Osei-Kwasi va fournir des connaissances nouvelles et précieuses sur l’origine nutritionnelle de l’inquiétante prévalence du surpoids et de l’obésité au sein de cette communauté. En se concentrant sur les méthodes de préparation, ainsi que sur la volonté d'adopter des pratiques culinaires saines, l’approche adoptée par l’équipe de recherche contribuera de manière innovante au développement d’interventions sur mesure, capables de réduire les risques d’obésité et d’empêcher les carences en micronutriments.