Socio-Economie

Sécurité aérienne : explication des prises de décisions de l'Union européenne après le 11 septembre 2001

Xiana barros-garcia

Nationality Spanish

Year of selection 2008

Institution European University Institute

Country Italy

Risk Socio-Economie

Post-Doctoral Fellowship

1 year

46000 €

Résoudre le puzzle de la sécurité aérienne

Les étapes et les règles qui encadrent la prise de décision dans l’UE sont assez complexes, avec de nombreuses parties prenantes. Xiana Barros étudie les mesures adoptées par l’UE après le 11 septembre 2001 en vue de prévenir les actes illégaux commis par des groupes ou individus terroristes dans le transport aérien. Elle se penche notamment sur la décision de l’UE d’interdire les passagers d’avion d’embarquer avec la plupart des types de liquides dans leur bagage à main. Autre cas intéressant dans le débat européen : la possible installation de scanners corporels dans les aéroports de l’UE. Ses recherches pourraient donner lieu à davantage de transparence sociale concernant la façon dont les décisions qui pèsent sur le quotidien des citoyens sont prises par les autorités européennes, et ce qui les motive. Ces travaux pourront en outre aider certains passagers à mieux comprendre pourquoi des mesures antiterroristes sont nécessaires, suscitant alors un appui plus franc au sein de la population.

La prise de décision en matière de sécurité aérienne

Évolution de la sécurité aérienne après le 11 septembre 2001
Xiana Barros bénéficie d’une bourse post-doctorale AXA à l’Institut Universitaire Européen (Florence, Italie). Son projet de recherche est une enquête montrant comment les pratiques de l’Union européenne (UE) en matière de sécurité aérienne ont évolué après les attentats du 11 septembre 2001, et les raisons de cette évolution.

Quels sont les grands points sur lesquels vous travaillez actuellement ?
J’étudie les dispositions de l’UE votées après le 11 septembre 2001 dans le but de déjouer les actes fomentés par des terroristes, en groupes ou isolés, dans le domaine du transport aérien. L’un des points essentiels de mon projet consiste à étudier la décision prise par l’UE d’interdire aux passagers aériens d’embarquer la plupart des liquides dans leurs bagages à main. Le raisonnement qui a motivé cette décision est le suivant : il s’agit d’empê- cher des terroristes de dissimuler des composants chimiques liquides dans leurs bagages à main et de les mélanger pendant le vol pour déclencher une explosion. La réglementation actuelle de l’UE autorise chaque passager à transporter au maximum 10 conteneurs de moins de 100 millilitres chacun. Ces quantités sont considérées comme insuffisantes pour déclencher une explosion. Les critiques ont été prompts à souligner les inconvénients qui découlent de cette décision pour les passagers, ainsi que son coût pour les compagnies aériennes et les aéroports.

Autre élément pertinent pour mon projet : le débat qui s’est installé à l’échelle de l’UE sur un projet d’installation de scanners corporels dans les aéroports de l’UE. Un scanner corporel est un appareil à ondes millimétriques qui affiche une image du passager déshabillé et – en principe – des objets dissimulés sous ses vêtements. L’objectif est de détecter les objets dangereux que les terroristes pourraient utiliser pour attaquer les passagers ou l’équipage, ou pour infliger des dégâts à l’appareil lui-même. Cette proposition s’est avérée encore plus polé- mique que la limitation des liquides auprès du public, celui-ci faisant part de ses préoccupations en matière de respect de la vie privée et de la dignité de la personne.

Que pouvez-vous dire du processus décisionnel de l’UE ?
Les étapes et les règles de la prise de décision dans l’UE sont assez complexes, et elles impliquent un grand nombre d’acteurs. Certains d’entre eux disposent d’un pouvoir décisionnel formel (la Commission européenne, la présidence du Conseil de l’UE), d’autres (les compagnies aériennes, les fabricants de scanners ou les États-Unis) ne disposent pas d’un pouvoir formel sur le processus décisionnel de l’UE mais ils peuvent l’influencer, et leur voix a un poids non négligeable. Pour expliciter ces processus, j’ai fait appel à une version modifiée du modèle “Three Streams” de John Kingdon, utilisé en politique publique.

Deux axes dynamiques apparaissent dans les dispositions de sécurité aérienne prônées par l’UE : à la suite de grandes attaques terroristes ou de complots déjoués, l’adoption des nouvelles dispositions de l’UE contribuant à réduire la possibilité de futures attaques devient une priorité. La prise de décision de l’UE est alors rapide et les services de sécurité des États membres et des États-Unis jouent un rôle central dans la dissémination de l’information aux gouvernements européens sur les risques encourus et les options de protection mises à leur disposition. C’est seulement au bout de plusieurs années que d’autres acteurs tels que les organisations non gouvernementales (ONG), les transporteurs aériens ou les groupements d’aéroports sont en mesure de jouer un rôle important dans l’éventuelle refonte des pratiques antiterroristes initiales.

En quoi le processus décisionnel de l’UE doit-il nous concerner ?
Pour commencer, en menant des recherches sur la prise de décision, on permet une plus grande transparence sociétale sur le comment et le pourquoi des décisions prises par les gouvernements européens, lesquelles ont souvent un impact direct sur la vie quotidienne des citoyens. Par ailleurs, un débat public plus large peut aider les passagers à mieux comprendre la nécessité de certaines mesures antiterroristes, voire les conduire à les défendre. D’un autre côté, un débat plus large pourrait inciter des passagers à conclure que certaines mesures ne sont pas du tout utiles. Dans tous les cas, on peut espérer éliminer le sentiment d’arbitraire actuellement ressenti par certains passagers aériens. Depuis l’émergence du terrorisme inspiré par Al-Qaida, le besoin en information ne fait que croître, afin que nos sociétés puissent prendre une part plus grande dans des débats autour des meilleures pratiques antiterroristes. De plus, je pense que le pro cessus décisionnel de l’UE en matière de sécurité a suscité beaucoup moins d’intérêt académique que les pratiques elles-mêmes – et c’est fort regrettable.

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