Environnement

Invasion d’algues : la récolte commerciale constitue-t-elle une solution gagnant-gagnant ?

Marianela zanolla

Nationality Spanish

Year of selection 2019

Institution National University of Ireland, Galway

Country Ireland

Risk Environnement

Post-Doctoral Fellowship

2 years

125000 €

Les variétés d'algues envahissantes, qu'elles soient introduites intentionnellement ou par accident dans un nouvel habitat, peuvent perturber l'écosystème marin local, mettant en péril sa biodiversité et, par association, l'économie locale. Dans le même temps, on sait que ces organismes invasifs produisent une myriade de composés bioactifs aux applications commerciales multiples dans les secteurs alimentaire, pharmaceutique et cosmétique. Par conséquent, leur récolte/suppression et leur utilisation par les secteurs industriels ont souvent été présentées comme une solution gagnant-gagnant, d'autant que les débouchés commerciaux sont actuellement limités par la disponibilité insuffisante de biomasse exploitable. Mais avant qu'une telle initiative puisse prendre forme, il est nécessaire de prendre en compte certaines questions cruciales encore sans réponses. Par exemple, faut-il craindre que la suppression de cette biomasse ait un impact néfaste sur l'environnement ? Y a-t-il un risque que cela pousse un écosystème déjà fragilisé dans un état de déséquilibre encore plus avancé ? La biomasse elle-même est-elle propice à une exploitation industrielle ? « Une évaluation minutieuse des points positifs et négatifs est nécessaire, cela inclut un examen des effets négatifs sur la biodiversité, les défis socio-économiques et le potentiel biotechnique », explique la Dr. Marianela Zanolla, chercheuse en biologie végétale marine au département de botanique de l’Université Nationale d’Irlande, à Galway. Elle est à la tête d’un projet qui vise à évaluer le potentiel de valorisation des algues envahissantes en Irlande, ainsi que l’impact d’éventuelles récoltes ou, alternativement, de cultures à l’intérieur des terres, en vue, soit de guider, soit de dissuader leur exploitation future. L'objectif à long terme est également d'apporter conseils et soutien aux organismes gouvernementaux et non-gouvernementaux sur la manière de gérer les espèces envahissantes en Irlande.

« L'idée derrière le projet est d'examiner de plus près la possibilité de transformer cette invasion néfaste en quelque chose de positif pour les communautés locales », résume la Dr. Zanolla. L'objectif du projet s'inscrit dans le contexte de la bioéconomie bleue ; en d'autres termes, il cherche à contribuer à la création d'un marché durable basé sur des ressources marines renouvelables. « L'utilisation commerciale d'espèces non indigènes et invasives est un sujet controversé, et à juste titre », rapporte la chercheuse. « Avant de mettre en œuvre cette solution, en apparence idéale, nous devons nous assurer que cela ne causera pas plus de dégâts sur l'écosystème local. Par exemple, le processus de récolte pourrait, en lui-même, augmenter la dispersion des algues, ou davantage dégrader leur habitat ». En plus des questions environnementales, son projet cherche à évaluer la viabilité économique d'une telle solution. « Pour que la biomasse soit exploitable par les entreprises, elle doit être suffisamment abondante et stable ». Comme l'explique la chercheuse : « Les algues sont des organismes vivants, elles réagissent à ce qui les entoure de sorte que, lorsqu'elles poussent dans un environnement naturel, on peut trouver d'importantes variabilités dans leur composition au sein d'une même espèce. Si les ressources en biomasse ne sont pas suffisantes, ou bien trop instables dans leur composition, alors la commercialisation devient impossible ». Pour cette raison, le projet cherche également à étudier les possibilités d'une culture terrestre. « Si l'on découvre qu'une récolte en milieu marin est trop risquée ou inappropriée, la culture en étang pourrait constituer une alternative plus sécuritaire et plus fiable. Ce ne serait pas une double victoire, mais notre objectif premier n'est pas de débarrasser l'île des algues envahissantes ; il s'agirait simplement d'une heureuse conséquence de nos recherches », explique-t-elle.

Évaluer le potentiel de valorisation de quatre espèces d'algues hautement invasives

Plus particulièrement, le projet étudie le potentiel de valorisation de quatre espèces de macroalgues, connues pour leur caractère invasif, que l'on peut trouver le long des côtes de l'ouest de l'Irlande, « deux brunes, une rouge et une verte », explique la chercheuse, soit, plus précisément: Sargassum muticum et Colpomenia peregrina (de la famille des phéophycées), Asparagopsis armata (Rhodophytes) et Codium fragile ssp. Tomentosoides (Chlorophytes). « Nous ne pouvons étudier toutes les espèces envahissantes présentes en Irlande, car cela nous prendrait bien plus de 2 ans, nous avons donc soigneusement sélectionné celles qui, en plus d'avoir un impact fort sur les écosystèmes endémiques, présentent un potentiel économique élevé dû à une composition chimique intéressante ». Le projet poursuivra trois objectifs consécutifs : examiner la répartition et l'abondance des espèces sélectionnées et évaluer le risque qu'elles présentent pour les écosystèmes marins d'Irlande ; analyser leurs applications à valeur élevée, ainsi que la stabilité et l'uniformité des profils, au moyen d'un profilage chimique ; enfin, évaluer le potentiel de valorisation des quatre espèces, que ce soit à travers la récolte de populations naturelles ou issues de la culture en milieu terrestre. De plus, la première étape du travail impliquera des initiatives de "science des citoyens". En d'autres termes, l'équipe de recherche se tournera également vers les communautés côtières afin d'obtenir des renseignements quant à la répartition des algues dans le temps et l'espace. « Dans l'ouest de l'Irlande, la plupart des revenus provient de la pêche. Les communautés locales sont en première ligne du problème posé par les algues. Ils possèdent une connaissance de la région que je ne prétends pas avoir, il s'agit donc là d'informations inestimables pour notre équipe. Imaginez tout ce qui nous échapperait si l'on ne se rapportait qu'aux documents scientifiques ! ».

Les invasions biologiques constituent la deuxième cause de mise en danger des espèces et de leur extinction dans le monde. « La prévention est le meilleur moyen d'éviter l'invasion d'algues non indigènes, mais étant donné que certaines espèces se sont désormais établies, nous n'avons pas d'autre choix que de faire avec », explique la Dr. Zanolla. Le projet s'inscrit dans cette dernière catégorie mais ne poursuit pas seulement des objectifs environnementaux. Il doit son caractère innovant à son approche intégrée, une approche visant à unifier objectifs sociaux, économiques et écologiques. À cet égard, les résultats ne pourront qu'apporter aux secteurs public comme privé des solutions applicables, réalistes et variées en vue de construire un avenir plus viable.